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Lettre 11

10 décembre 2023

Le coin des mamans

Le soleil se lève chaque matin par amour

Chères mamans, 

Notre vie nous semble parfois enfermée entre les quatre murs de ce qui revient toujours : les repas (et donc le menu qu'il faut établir, les courses à anticiper, les plats à cuisiner, la vaisselle à faire, et jusqu'aux changes du bébé qui arrivent comme la conséquence logique des repas), les lessives (et donc le linge à trier, à étendre, à repasser, à plier, à ranger), les siestes du tout-petit (et donc le lit à préparer, les volets à fermer, la chambre à aérer plusieurs fois par jour), ou les devoirs du plus grand (et donc les encouragements à fournir, le temps à y consacrer, le matériel à vérifier)… 

Aujourd'hui voici un extrait qui nous parle de cette chose que nous ne connaissons que trop bien : le retour du même, le temps cyclique.

Il s'agit d'un extrait d'Orthodoxie, ouvrage apologétique du philosophe anglais, apologète, auteur et critique d'art G. K. Chesterton. 

Ce passage nous parlera en même de Dieu, de sa création, et de nos enfants. 

Puisse-t-il nous ouvrir les yeux sur tout un pan de notre existence que nous ne regardons pas toujours avec les yeux de la foi, et nous encourager à bénir le Seigneur parce qu'il nous donne aujourd'hui ce qu'il nous faut, comme il l'a fait hier et comme il le fera demain.

Tout le matérialisme impérieux qui domine l'esprit moderne repose, en dernière analyse, sur une hypothèse, une fausse hypothèse. On suppose que si une chose se répète sans arrêt, c'est probablement parce qu'elle est morte, comme un mécanisme d'horlogerie. Les gens ont l'impression que si l'univers avait une personnalité, il varierait ; que si le soleil était vivant, il danserait. C'est un sophisme, même si l'on se rapporte au fait connu. Car les affaires humaines connaissent une variation, celle-ci leur arrive en général non par la vie, mais par la mort, par le dépérissement ou la rupture de leur force ou de leur désir. […] Le soleil se lève chaque matin. Je ne me lève pas chaque matin : cette variation est due non à mon activité, mais à mon inaction. Autrement dit, en langage courant, il se pourrait que le soleil se lève régulièrement chaque matin parce qu'il n'est jamais las de se lever. Sa routine tiendrait non à un manque de vigueur, mais à une impulsion vitale. Ce que je veux dire, on peut l'observer par exemple chez les enfants lorsqu'ils découvrent un jeu ou une plaisanterie qui les amuse particulièrement. Un enfant balance ses jambes en battant la mesure par excès et non par absence de vie. C'est parce que les enfants débordent de vitalité, parce qu'ils ont l'esprit libre et plein de fougue, qu'ils veulent que les choses se répètent et ne changent pas. Ils disent sans cesse "Fais-le encore une fois", et l'adulte le refait une fois encore jusqu'à ce qu'il soit mort de fatigue. Car les adultes ne sont pas assez forts pour exulter dans la monotonie. Mais peut-être que Dieu est assez fort pour exulter dans la monotonie. Il est possible que Dieu dise chaque matin "Fais-le encore" au soleil, et chaque soir "Fais-le encore" à la lune. Il se peut que ce ne soit pas une nécessité automatique qui fasse que toutes les pâquerettes se ressemblent ; il se peut que Dieu fasse chaque pâquerette séparément et qu'il ne soit jamais lassé de les faire. Il se peut qu'il ait l'éternel appétit de l'enfance ; car nous avons péché et nous avons vieilli, et notre Père est plus jeune que nous. Dans la nature, la répétition n'est peut-être pas une simple récurrence ; elle peut être un bis théâtral."

Gilbet Keith Chesterton, Orthodoxie (1908)

Désiré François Laugée, La Lessive (1882)

Source : http://www.peintres-et-sculpteurs.com

Qui suis-je ?

Un monde habité

[Lettre 10. Une aide venue du ciel]

De ce texte de la Genèse, il y a tant à dire. Retenons aujourd'hui trois idées.

La création de la femme fait exister pour la première fois la communauté humaine : l'homme n'est plus seul. L'humanité existe à partir du moment où existent ensemble l'homme et la femme. 

Première chose que nous pouvons relever : lorsque la femme paraît, elle surgit dans un monde habité : en face d'elle se dresse un homme, qui lui ne s'était trouvé que face à des animaux. Lorsqu'Adam s'écrie "Voici l'os de mes os et la chair de ma chair !" (Gn 2, 23), il contemple son semblable pour la première fois. 

Quant à la femme, elle est d'emblée en vis-à-vis : son premier regard se porte sur un autre visage. Apparaissant la dernière, la femme pose son premier regard sur un monde où l'humanité est déjà présente. Autrement dit, à l'horizon de son regard, dès l'origine, la femme intègre la présence d'une autre personne. 

Autrement dit encore, dans son rapport au monde, la femme se sait ne pas être seule. 

Deuxième idée. Nous nous souvenons que la femme est créée la dernière, après que Dieu a remarqué que la solitude de l'homme n'est pas le dernier mot de sa Création : 

Le Seigneur Dieu dit : "Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra."

(Gn 2, 18)

Voici comment se poursuit le récit : 

Avec de la terre, le Seigneur Dieu modela toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. C’étaient des êtres vivants, et l’homme donna un nom à chacun.

L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde.

(Gn 2, 18-20)

"Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde." Voici l'homme à la recherche de quelque chose qu'il ne trouve pas : nous sentons dans ce verset l'expression d'un espoir déçu. 

Ce verset montre combien le désir de Dieu de lui faire une "aide" est passé à Adam. Désormais, c'est lui qui est à la recherche de la créature divine qui lui sera une aide qui lui corresponde, un vis-à-vis, un alter ego. C'est lui qui en exprime le manque. 

Qu'en penser ? C'est qu'avant de créer la femme, Dieu a creusé en l'homme le désir de quelqu'un. En voici la leçon spirituelle, dans laquelle on reconnaît la logique de la pédagogie divine : avant de faire un don, Dieu creuse en nous notre propre désir de ce qu'il veut nous donner. Dieu ne donne pas sans avoir d'abord préparé notre cœur à son cadeau. Ainsi il nous met en condition de pouvoir le recevoir. 

Le texte se poursuit ainsi :

Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme.

L’homme dit alors : "Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish."

À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.

(Gn 2, 22-24)

Le cri qui échappe à l'homme devant celle qu'il reconnaît pour l'avoir cherchée nous révèle que l'homme reconnaît dans la femme cet achèvement de la Création que Dieu a voulu. Et ce faisant il se connaît lui-même. C'est dans son regard qu'il se voit. Elle présente, l'homme prend conscience de lui-même. 

Troisième remarque pour aujourd'hui : ce n'est qu'à partir de ce moment du récit que l'homme et la femme créés par Dieu prennent un nom : celui d'Ish et Ishsha. Les voilà pour la première fois nommés, d'un nom dont les sonorités mêmes soulignent leur unité.

Là où l'expérience et la vie nous amènent à voir uniquement les divergences, là où le péché transforme en lutte ce qui est différence, là où nous ne pouvons bien souvent voir que le fossé qui sépare les deux parties de l'humanité, le texte poétique choisit de nous rappeler leur première unité. 

L'un n'existe pas sans l'autre : il n'y a pas d'homme qui puisse exister sans la femme, ni de femme sans l'homme. Pas de préséance non plus : ils existent l'un avec l'autre et l'un en face de l'autre. 

Ils sont dès l'origine mutuellement au service de quelqu'un. Lui, d'elle. Elle, de lui. 

Présentation d'Adam et Ève, Jean Fouquet (environ 1470)
Bbilothèque nationale de France Source : gallica.bnf.fr,

Une œuvre d'art à savourer

La beauté poétique des grands froids

Brueghel, Les chasseurs dans la neige

Pour accompagner notre plongée dans le mois de décembre, et poétiser l'arrivée des grands froids, voici un tableau bien connu dont vous pourrez vous remplir les yeux en le choisissant comme fond d'écran de votre ordinateur. 

Vous pourrez télécharger l'image ici en grande taille, en choisissant sur la flèche en bas à droite de l'écran "Télécharger en grande taille". Une fois l'image téléchargée, un clique droit et hop, cela devient votre image de bureau ! 

Pierre Brueghel l'Ancien, Les chasseurs dans la neige (1565)

Domaine public

Mais qu'est-ce qu'il faut regarder ici ? 👩‍🏫

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