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Lettre 14

7 janvier 2024

Le coin des mamans

Vous tissez le monde autour d'eux

Chères mamans, 

Bonne année et sainte année dans vos foyers, auprès de vos époux et de vos enfants. À la veille de la rentrée, recevez en guise de cadeau ces quelques encouragements ✨

Bien chères toutes, rappelez-vous que ce qui vous appartient en propre, votre privilège de mère, c'est de tisser chaque jour, à chaque heure, chaque seconde, la toile de fond de la vie de vos enfants. 

Qui s'étonne de voir le soleil se lever le matin ? Nous ne nous en émerveillons plus comme d'un miracle, nous l'attendons comme ce qui est la chose la plus prévisible au monde, sans quoi rien ne peut exister ni être vécu. 

De même, quel enfant s'étonne de voir sa mère habiter la maison dès le matin ? Le soleil se lève, maman se lève. Ne sont-ce pas là deux événements aussi stables et prévisibles l'un que l'autre ?

Vos enfants ne s'étonnent pas de trouver les placards et le réfrigérateur remplis, ils ne s'étonnent pas de trouver dans leur commode des vêtements propres et à leur taille. Ils s'attendent naturellement à ce qu'on vienne les chercher à la sortie de l'école avec un bon goûter. Ils savent que lorsqu'ils seront malades, quelqu'un les emmènera chez le médecin. Que s'ils se salissent, quelqu'un viendra les aider à se nettoyer, et que s'ils ont mal, quelqu'un sera là pour les consoler ou entendre le récit de leurs malheurs.  

Vos enfants ne peuvent la voir entièrement, mais vous connaissez la valeur de toutes ces choses.

Vous savez qu'il a fallu à chaque instant votre fatigue, vos efforts, votre patience, votre courage pour faire surgir au long du jour le sol sous leur pied. Cela qu'ils ne regardent parfois plus tellement ils s'y attendent ne peut avoir d'existence en dehors de la vôtre. Vous tissez le monde autour d'eux. Vous tenez à pleines mains le monde au-devant d'eux. 

C'est votre constance, votre prévoyance, votre prévenance qui ont placé tous ces objets à portée de leur main. C'est votre ingéniosité qui leur a prévu cette simple surprise qui leur fait plaisir, et les moments s'enchaînent pour eux parce que vous y avez pensé à l'avance et les avez préparés. 

Vous tissez chaque jour, par vos gestes qui se répètent, la toile de fond de leur vie. 

La terre sur laquelle ils marchent repose sur vos mains. 

Ayez donc du courage, c'est la tâche la plus noble qui vous aie jamais été confiée. 

Johannes Vermeer, La Femme à la balance (1662-1663)

Domaine public

Qui suis-je ?

Du style, et du stylé

Avec notre regard de femmes, il y a des vêtements, des bijoux, des objets pour notre maison que nous remarquons, et que nous préférons à un moment donné, parce qu'ils sont "stylés".

Ce pantalon-ci, cette robe dans cette matière et ce motif-là, telle manière d'attacher ses cheveux, telle couleur pour repeindre les meubles de la cuisine… Chaque époque a ses modes, et que nous y soyons plus ou moins sensible, la mode nous est aujourd'hui bien souvent désignée par le terme de stylé. 

Le qualificatif "stylé", qu'il nous échappe ou non – que celle qui ne l'a jamais dit lève la main – peut même s'appliquer à des manières de vivre, des habitudes de langage, à une personne tout entière : il y a des femmes que nous admirons parce qu'elles sont "stylées" (ou du moins, tout le monde s'accorde-t-il à dire qu'elles le sont). Et ainsi le pensons-nous aussi avec un soupir : tellement stylée. 

Dire que quelque chose ou quelqu'un est "stylé", c'est marquer notre approbation pour, c'est reconnaître que nous accordons de la valeur à tel objet, telle personne. 

Puisqu'elle a l'air si importante, mettons donc cette notion à l'épreuve : voyons ce qu'il y a dedans. 

Si nous y regardons de plus près, stylé ne signifie par forcément "beau". Bien plus souvent, stylé signifie étonnant, original, non conventionnel – parfois même provocant. 

Est stylé ce qui accroche mon regard, ce qui retient mon attention – et si je suis totalement honnête avec moi-même, j'avouerai : est stylé ce que je me mets aussitôt à convoiter. 

Le mot opère ce qu'il désigne : il rend désirable ce qui est nouveau. 

Il désigne ce qu'au lieu simplement d'apprécier quand je le vois (chez d'autres), je me mets à désirer. Dans l'appréciation que moi ou d'autres en faisons ("tellement stylé !"), ce n'est pas un simple jugement de valeur qui s'exprime, c'est aussi mon propre désir de possession, ma propre convoitise. 

Quelque part donc, le stylé me rend envieuse, et il me rend triste. 

Il y a des objets dont la possession par d'autres nous gêne, parce que nous ne les possédons pas. Il y a des femmes dont la beauté nous fait de l'ombre, parce qu'elle nous fait sombrer dans la comparaison. 

Mais il y en a d'autres dont la beauté nous fait relever la tête, nous réjouit et nous encourage à chercher la nôtre propre. 

Nous sommes à la recherche de cette beauté-là : celle qui appartient en propre à chacune, celle qui rayonne pour les autres, celle qui ne prend rien aux autres parce qu'elle se reçoit telle qu'elle est. Celle qui ne rend pas envieux, mais qui encourage à chercher sa propre beauté. 

Pour nous-mêmes, pour le soin et le parement de notre corps, pour l'arrangement et la décoration de notre maison, qui est sacrée puisqu'elle est notre demeure sur terre qui nous prépare à la vie du ciel, préférons à ce qui est stylé ce qui a du style. 

Le style épouse nos particularités, il nous empêche de tomber dans l'uniformité consumériste. Sans chercher l'excentricité, il marque un juste regard sur soi. La manière dont nous nous parons dit aux autres le soin et la connaissance que nous avons de nous-mêmes.

Pareillement, le style d'une maison reflète un mode de vie : la manière que j'ai d'arranger et d'habiter ma maison (ma chambre, mon studio, mon appartement) manifeste la hiérarchie qui existe pour moi entre les choses. Elle peut révéler que Dieu est premier servi, et que j'accorde à l'être humain qui habite ou visite ces lieux une valeur inestimable. 

Dans cet accord entre moi et l'objet que manifeste le style, se révèle une attitude de foi. 

Gustav Klimt, Portrait de Marie Breunig (1894)

Domaine public

Une œuvre d'art à savourer

Dans les bois enneigés, la méditation silencieuse

"Stopping by Woods on a Snowy Evening", de Robert Frost. Poème paru dans le recueil New Hampshire (1923)

Continuons d'entrer dans l'hiver avec ce poème enneigé, à l'atmosphère méditative, où l'on entend la neige tomber en silence, les harnais craquer et les clochettes tinter… ❄

À gauche, la version originale en anglais ; à droite, une traduction en français. 

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