Paul Cézanne, Le vase rococo (vers 1876) — Domaine Public
Le coin des mamans
Les seuls êtres à qui j'ai tout dû
Chères mamans,
Une idéepour celles qui cherchent quoi lire en ce moment : avez-vous entendu parler de Cinq femmes, de Marcel Cohen ?
Dans ce roman paru en 2023, l'écrivain dresse chapitre après chapitre le portrait des femmes à qui il doit la vie. C'est un récit poignant, qui fait revivre avec fidélité et précision une époque disparue, celle de l'enfance et de la jeunesse de l'auteur. Et un hommage émouvant à des femmes comme nous voudrions en être : imparfaites mais admirables.
En voici un extrait pour vous donner envie :
« Il m’est arrivé de rencontrer des hommes admirables, cependant les seuls êtres à qui j’ai conscience de tout devoir sont des femmes. Elles se sont comportées à mon égard avec tant de naturel, de détermination et l’une d’elles de courage, que j’ai pu sous-estimer longtemps à quel point rien n’allait de soi. Orphelin et enfant caché pendant la guerre, je n’acceptais ni l’autorité des hommes qui se substituaient à mon père, ni l’attachement des femmes qui avaient les gestes de ma mère. Que l’on tentât de m’imposer une volonté ou que l’on fît preuve à mon égard de trop d’affection revenait au même : c’était insupportable et je prenais la fuite. La bonne volonté ne suffisait donc pas et, aujourd’hui encore, l’opiniâtreté des femmes dont il est question dans ce livre ne va pas sans étonnement. Tout cela a-t-il bien eu lieu comme j’en ai pourtant le souvenir très exact ? »
Nous l'avons trouvé, le point commun entre toutes les femmes. C'est le corps. Si nous pensons à partir de lui, que nous dit-il ?
Il nous dit que ce qui est beau peut être utile. Et que l'utile n'enlève rien à la valeur du beau.
Le corps d'une femme est fait pour servir. C'est-à-dire qu'il est prêt pour un autre que soi : il est fait sur-mesure pour qu'un tout-petit puisse venir s'y loger. Voilà ce dont il est capable. Il est fait pour, c'est tout.
Et pour autant cela ne signifie pas qu'une femme est "faite pour cela". Ou pire, n'est faite que pour cela. Rien de déterministe dans cette détermination.
Car au même moment, ce corps utile est beau. Rappelons-nous : la femme arrive comme le couronnement de la Création.
L'utilité ne précède pas la beauté, elle ne la commande pas. Le corps féminin est beau de la seule vraie sorte de beau : sans justification autre que sa propre existence. Pas beau pour se rendre utile (ce qui arrangerait bien les darwiniens : il faut bien que les femmes soient belles pour attirer les hommes. Question de survie de l'espèce.)
Non, pas de cette manière-là.
Beau comme un don de la grâce : beau par complète gratuité, beau sans condition, sans justification. Beau par ressemblance avec Dieu.
Voilà qui est difficile à concevoir pour nos esprits contemporains. Mais comment diable – euh non, Dieu – peut-on être beau et utile en même temps, et à valeur égale, sans que l'un ne nuise à l'autre ?
Par exemple, s'il faut admettre que les femmes sont belles, alors les fonctions maternelles de leur corps ne sont-elles pas une forme de dégradation de leur beauté ?
"Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre […]" (disait Baudelaire).
Ce qui est beau est du côté de l'éternité : ce qui est beau devrait rester intangible, intouchable, au risque de se salir, de se souiller. La beauté plongée dans la vie, la beauté comme cela qui marche dans la rue, qui court pour attraper son bus ou qui a besoin d'un mouchoir, cela se peut-il concevoir ?
Cela ressemble à un paradoxe. De quelle manière peut-on être utile et beau à la fois ? Et nous cherchons : il y en a bien un des deux qui est le premier, le plus fondamental : il faut bien que l'un ait entraîné l'autre : soit c'est l'utile qui est devenu beau, soit le beau s'est révélé utile.
C'est que nous pensons en général à partir du paradigme de la technique : celui de l'objet construit de nos mains.
Dans le domaine des choses fabriquées, utile et beau sont bien souvent deux moments différents du processus créatif. On pense à l'objet qui nous rendra service, et ensuite, on l'orne. C'est le couteau dont on sculptera le manche ensuite. L'ornement est un luxe, que le temps, ou l'argent, peuvent offrir. Ce qui est pensé comme beau et utile (oh, le superbe plat en porcelaine de Limoges ; ah, le charmant carré en soie de la maison Hermès), est souvent cher et fragile. Un luxe éphémère.
Ou alors c'est le bibelot : un objet fait pour être joli, mais parfaitement inutile.
Or il faut nous rendre à l'évidence : on ne peut pas penser le corps comme on pense un objet fabriqué. On ne peut pas lui faire la guerre ainsi. Lui-même nous engage à penser autrement. Le paradigme technique n'est pas apte à penser le corps.
Dans le domaine des choses créées, que nous dit donc le corps ?
Il nous dit que peut être utile ce qui est beau, sans déchoir et sans se trahir.
La beauté du corps féminin n'est pas justifiable par l'utilité. L'utilité du corps féminin n'en amoindrit pas la beauté.
Deux versions de "Forêts paisibles", air tiré des Indes Galantes, opéra de Jean-Philippe Rameau (1735)
Cet air fameux est tiré du premier opéra-ballet de Rameau, et le plus celèbre : Les Indes Galantes (1735).
Ce joyeux divertissement situe son action aux Indes : c'est-à-dire, puisqu'on est au XVIIIe siècle : ailleurs. C'est ainsi qu'au cours de l'opéra, les "Indiens" seront successivement un Turc, des Incas, des Persans et des peuples d'Amérique du Nord… 🌎
On retient, car c'est un opéra-ballet, la première place donnée à la musique instrumentale, au rythme irrésistiblement entraînant, avec laquelle le chant n'entre pas en concurrence. Dans l'opéra-ballet, musique et danse sont censées avoir la primauté sur le chant.
Dans la première version ici proposée, une version de concert, on appréciera le jeu entre l'orchestre, les chanteurs (Sandrine Piau et Lisandro Abadie, au sommet de l'amusement) et le chef (William Christie, dirigeant son ensemble Les Arts florissants).
Le réalisateur Clément Cogitore, qui s'est vu confier la mise en scène de l'opéra pour l'Opéra de Paris, en propose une interprétation contemporaine, avec la collaboration d'une troupe de danseurs de Krump, menée par la chorégraphe Bintou Dembélé.