Aujourd'hui je vous propose une lecture inspirante, écrite par une maman de cinq enfants et professeur de philosophie. Elle nous rappelle combien les gestes que nous effectuons de manière répétitive et inlassable, et qui bien souvent nous épuisent, ne sont pas "rien", mais qu'à chaque seconde, nous faisons de l'éternel.
[Suite. Dans la Lettre 1, nous nous sommes demandé s'il existe un seul point commun à toutes les femmes.]
Et s'il n'y avait qu'un seul point communentre toutes les femmes ?
Et si le fait d'être naturellement douce ou instinctivement maternelle, si le fait d'avoir les cheveux longs et de pouvoir mettre du rouge à lèvres n'étaient pas des critères de définition suffisant ?
Nous le savons bien, tout cela peut être imité par un homme, refusé par une femme. Ce sont des traits culturels plutôt que de véritables points de différence. Il n'empêche que la différence entre un homme et une femme continuera d'exister.
Où irons-nous chercher ce point fixe ?
Dans le corps, évidemment.
Par-delà les particularités qui nous dessinent à chacune la beauté qui nous est propre, notre corps est un corps de femme. Mon corps est un corps de femme. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Cela veut dire que mon corps est un corps capable d'en porter un autre. Mon corps est capable d'en abriter un autre à l'intérieur et de le laisser croître en soi. Et cela est inscrit dès avant ma naissance : avant de naître, mon utérus était déjà formé, et mes ovaires déjà prêts, mes ovules déjà là.
La puberté rend possible ce qui était déjà là en puissance : mon corps de femme est un corps "fait pour" un autre. Mon corps de femme est un corps qui peut être un corps de mère.
Avez-vous déjà remarqué que le corps féminin comporte des organes qui ne lui servent à rien ?
Qu'y a-t-il de plus beau, et de plus emblématique de la beauté féminine que les seins d'une femme ? Ils ne lui sont pourtant d'aucune utilité – au sens où ses intestins marchent pour elle, ses poumons, ses reins. Mais les seins comme organe fonctionnel ne sont directement utiles qu'à un bébé, qui se nourrira de leur lait. De même pour l'utérus : il n'a pas en tant que tel d'utilité directe pour la femme. Pas au sens où ses pieds ou ses yeux lui sont utiles. Mais il est indispensable à la croissance du bébé : c'est son antre à lui.
Et pourtant, combien de femmes se sentent mutilées après un cancer du sein. Combien se savent amoindries après une ablation de l'utérus.
Le corps d'une femme comporte des organes qui ne lui sont pas directement utiles, mais sans lesquels elle ne peut pas se sentir complète. Le corps d'une femme est entier parce qu'il est formé d'organes faits pour un autre qu'elle-même.
Le corps féminin annonce la possibilité d'un autre que soi.
Tel est le point commun, le point fixe que nous cherchions.
Auguste Renoir, Grand nu (1907)
Une œuvre d'art à savourer
Une larme furtive suffit à tout dire
"Una furtiva lagrima", aria tirée de L'Elisir d'amore, de Gaetano Donizatti (1832)
En 2005, le ténor franco-mexicain Rolando Villazòn chante un des airs de ténor les plus fameux du répertoire opératique, devant le public très exigeant du Staatsoper de Vienne.
Le jeune Nemorino, un simple paysan, vient de comprendre, à une larme "furtiva" qu'il a aperçue sur le visage de sa bien-aimée Adina, que celle qu'il aime l'aime aussi. 💞 Il chante alors pour lui-même sa joie de se savoir aimé.
Prenez le temps de regarder jusqu'au bout, ça dure plus de 10 minutes mais il y a une petite surprise au milieu 🌟
La traduction du texte ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Una_furtiva_lagrima