Cinq études d'anémones, Anonyme (ca. 1760-1700) — Domaine public Source : rijksmuseum.nl/en
Le coin des mamans
Les histoires qui enchantent les trajets familiaux
Chères mamans,
Pour un certain nombre d'entre nous, c'est les vacances ! Besoin d'histoires à écouter pendant les (longs) voyages en voiture ou tout simplement pour une après-midi à la maison ?
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Qui suis-je ?
Chair de ma chair
[Lettre 19 : il y a un temps pour briller]
Si vous le voulez bien, sautons à pieds joints par-dessus nos dernières réflexions et revenons à un texte que nous n'avons que commencé à déplier dans les lettres 9, 10 et 11 : celui du deuxième chapitre de la Genèse. Celui qu'on appelle le deuxième récit de création de l'homme et de la femme.
Car l'avez-vous remarqué ? La Genèse nous raconte deux fois la création de l'humanité. Comme si le texte bégayait. Au premier chapitre, cela tient en entier dans le verset 27 : "Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme." Le second récit occupe toute la fin du chapitre 2, il est donc plus développé : c'est celui qui met en scène de manière dramatisée la solitude première d'Adam et l'arrivée magistrale de la femme comme achèvement du geste créateur.
Aujourd'hui, pour entrer dans la compréhension de qui nous sommes, faisons un petit détour par Adam.
Que se passe-t-il après que Dieu a créé l'homme (adama, le glaiseux) ?
Dieu "[plante] un jardin en Eden" (Gn 2, 8) et il y place l'homme. Là, il fait pousser du sol "toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux" dont deux arbres dont l'importance est soulignée : "il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal." (Gn 2, 9) L'Eden est traversé d'un fleuve, qui se divise en quatre bras. Le jardin est confié par Dieu à Adam pour que celui-ci le travaille et le garde (Gn 2, 15). Puis il lui fait une dernière recommandation : Adam peut manger de tous les fruits des arbres du jardin, sauf de celui de la connaissance du bien et du mal, car, dit-il "le jour où tu en mangeras, tu mourras." (Gn 2, 17).
Viennent alors les versets que nous connaissons bien : Le Seigneur Dieu dit : "Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra." (Gn 2, 18)
Arrêtons-nous un instant sur cette observation. Que remarquons-nous ?
L'expression du "bon" s'était déjà trouvée au chapitre précédent : en contemplant sa création, Dieu "vit que cela était bon" (Gn 1, 25), et même "très bon" (Gn 1, 31) lorsqu'à la création se sont ajoutés l'homme et la femme faits "à son image" (Gn 1, 27).
Le texte nous indique qu'il en va du bien d'Adam de sortir de sa solitude. Or ce bien est du même ordre que celui que Dieu avait constaté au terme de chacun des six jours de la création, c'est un bien ontologique. Et dans ce bien, le lecteur familier de théologie reconnaîtra Dieu lui-même. L'enjeu ici, c'est qu'Adam accède à ce bien qui est la rencontre avec Dieu. Il en va de son être même.
Or que nous dit le texte ? Que ce n'est pas Adam qui fait le constat de sa solitude, mais Dieu. Adam, créé par Dieu et placé par lui au centre d'un jardin magnifique dont il a la charge, n'a pas ouvert la bouche pour l'instant. Il n'a pas prononcé une parole. Créé par Dieu pour entrer en relation avec lui, Adam ne s'est pas encore rendu compte de sa propre solitude. Le bien que Dieu veut pour Adam, qui n'est rien d'autre que d'entrer en relation avec lui, Adam n'est pas encore à sa recherche.
D'où le détour que Dieu lui propose. Il s'agit en fait d'une épreuve, qui aura pour but d'éveiller l'homme à la conscience de sa solitude. Ayant modelé les animaux avec la même matière que lui, la terre, il "les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. C’étaient des êtres vivants, et l’homme donna un nom à chacun." (Gn 2, 19)
Ici, contrairement au premier récit de la création, les animaux sont créés après l'homme, et pour ainsi dire, pour lui. Or dans la pensée biblique, être capable de nommer c'est manifester la connaissance et le pouvoir que l'on a sur quelque chose ou quelqu'un. Lorsqu'à l'invitation de Dieu, Adam donne un nom aux animaux, il fait acte de pouvoir.
À quoi cette épreuve mène-t-elle ?
"L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde." (Gn 2, 20)
Ayant établi par la nomination des bêtes un acte de pouvoir et de connaissance, l'homme s'est finalement trouvé insatisfait: il a compris que dominer n'est pas la vocation ultime de l'homme. Il est désormais à la recherche de cette "aide en face de lui" (`ezer kenegdo) qui lui permettra de trouver son bien ultime.
En empruntant ce détour, qu'est-ce que Dieu a révélé à Adam ? Que le bonheur humain ne se trouve ni dans la connaissance ni dans l'exercice du pouvoir ; qu'il n'est pas reçu de soi-même, mais d'un autre.
Voilà. Ensuite seulement Dieu crée la femme.
"Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme." (Gn 2, 22)
Remarquons ici deux choses : celle-ci n'est pas "modelée", comme Adam et les animaux, mais "façonnée", "organisée" en femme. Le geste créateur, qui était le même pour l'homme et les animaux, n'est pas le même pour la femme. En outre, façonnée à partir de la chair d'Adam (et non à partir de la terre), la femme est faite d'une matière déjà spirituelle.
Dieu peut présenter la femme à l'homme sans mission particulière cette fois-ci : pas de nom à donner, pas d'épreuve, pas de test. C'est une procession nuptiale silencieuse à laquelle nous assistons : la femme au bras de Dieu, menée vers celui qui doit recevoir d'elle son bonheur.
Que se passe-t-il alors ?
Pour la première fois, la voix d'Adam se fait entendre.
"Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair !" (Gn 2, 23)
À qui parle-t-il ? Quelle est la portée de ses paroles ? Voyons-le ensemble dans la prochaine lettre.
Merci à Cécile M., Servane R. et au p. Florent Urfels pour leur travail sur le texte biblique, dont cette lettre s'inspire.
Brueghel le Jeune, Le Paradis terrestre avec la Création d'Ève, vers 16300
On connaît peu René Guy Cadou. Peut-être certaines se rappellent-elles l'avoir appris à l'école ("Odeur des pluies de mon enfance / Derniers soleils de la saison !") ?
Ce jeune poète breton, mort à l'âge de 31 ans en 1951, nous a pourtant laissé l'une des œuvres poétiques les plus importantes de la seconde moitié du XXe siècle.
Lyrique à une époque où la poésie a eu tant de mal à l'être, ses poèmes nous entraînent toujours dans le lieu profond où l'on sent l'âme vivre et trembler.
Fils d'instituteur et lui-même instituteur, il rencontre en 1943 une jeune poétesse, Hélène Laurent, qui deviendra sa femme. C'est à elle qu'il dédie ce poème écrit un an après leur première rencontre.
Hélène
Je t'atteindrai Hélène
À travers les prairies
À travers les matins de gel et de lumière
Sous la peau des vergers
Dans la cage de pierre
Où ton épaule fait son nid
Tu es de tous les jours
L'inquiète la dormante
Sur mes yeux
Tes deux mains sont des barques errantes
À ce front transparent
On reconnaît l'été
Et lorsqu'il me suffit de savoir ton passé
Les herbes les gibiers les fleuves me répondent
Sans t'avoir jamais vue
Je t'appelais déjà
Chaque feuille en tombant
Me rappelait ton pas
La vague qui s'ouvrait
Recréait ton visage
Tu étais l'auberge
Aux portes des villages
La Vie Rêvée (éd. Robert Laffont, 1944)
Comment pourrons-nous commenter un si beau poème ? 💔
Les temps employés nous serviront de guides.
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