Margaretha Roosenboom, Roses dans un vase (1853-1896) — Domaine public Source : rijksmuseum.nl/en
Le coin des mamans
Les souvenirs d'enfance se créent à la maison
Chères mamans,
Nous avons en partie entre nos mains de créer les souvenirs d'enfance de nos enfants. Nous savons combien est précieux ce moment de leur vie, combien s'impriment en eux les impressions que leurs laissent les moments vécus à l'âge où ils apprennent tout, où tout s'offre à eux comme neuf, où le monde est tout entier à découvrir.
Nous pouvons, par le soin que nous avons de la maison, leur donner le goût des belles choses, et faire de chez nous un lieu où ils se sentent à l'abri, aimés et respectés. Un vrai havre de paix.
Et qui sait, peut-être ces souvenirs leur donneront-ils le goût de faire eux-mêmes plus tardce que nous faisons aujourd'hui pour eux : si nous considérons que la vie de famille est un bien précieux, faisons-la leur aimer par de petites attentions qu'ils garderont avec eux toute leur vie.
Que pensez-vous, comme manière originale de prendre soin d'eux et leur donner ce goût, de faire en sorte que la maison sente bon ? L'odorat est sans doute le sens le plus directement lié à la mémoire : voici un moyen simple et sans paroles pour leur dire que nous les aimons et les orienter vers les belles choses.
En plus des bonnes odeurs de cuisine (auxquelles nous pouvons choisir de les rendre sensibles, en appuyant d'un simple "mmmh ! comme ça sent bon !"), pensons à l'odeur des bougies que l'on souffle, ou tout simplement à celle des fleurs.
Justement, c'est le début du printemps. Les freesias et le lilas embaument, et pour celles qui n'ont pas de jardin, on en trouve même chez le fleuriste.
Ça tombe bien non ? 🌸🌷🌼
Mary Cassatt, Lilas devant une fenêtre (1880)
Domaine public
Qui suis-je ?
Ce ne pouvait être qu'elle
[Lettre 23 : devenus une seule chair, l'homme et la femme deviennent capables d'être blessés ensemble]
Au milieu de ces réflexions sur la fin du chapitre 2 de la Genèse, où avons-nous laissé la femme ?
Nous avons appris qu'elle est "ce qu'il y a de plus fort" en même temps que "ce qu'il y a de plus faible" dans l'humanité. Nous savons aussi qu'elle est "ezer kenegdo", le secours divin apporté à l'homme pour qu'il accomplisse sa destinée spirituelle. Le texte nous dit qu'elle est celle qui apporte à l'homme un soutien indispensable à sa relation avec Dieu. Privé de ce soutien, celui-ci ne peut plus accomplir sa destinée spirituelle.
Alors on ne s'étonne plus de la suite de l'histoire : il est logique que le serpent ait choisi de s'attaquer à elle. Ce n'est pas parce qu'elle est plus faible, plus facile à avoir, plus bête, qu'elle est attaquée. Au contraire, elle est celle sans qui l'homme ne peut plus se tourner vers Dieu. La cible, ce ne pouvait être qu'elle.
Écoutons la suite du récit (Gn 3).
Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? »
La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” »
Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »
La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea.
(Gn 3, 1-6)
Regardons le texte de près. Comment le serpent s'y prend-il pour attaquer ?
On remarque d'abord que la femme et l'homme ("son mari") ne sont pas traités de la même manière.
Avec la femme, le serpent argumente, s'insinue, discute. Il s'attaque à la femme en s'adressant à sa raison. Et d'ailleurs, si celle-ci prend finalement du fruit de l'arbre, c'est parce qu'il lui semble que ce fruit "donn[e] l'intelligence". Or, on ne désire que ce qu'on connaît. La femme n'est pas tentée parce qu'elle serait à la traîne, le talon d'Achille de l'humanité. Elle l'est parce qu'elle est intelligente. Et cela, le serpent le sait, lui qui est "le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits". Il s'en prend au premier de cordée, sachant que la chute de l'un entraînera la chute de l'autre.
Quant à l'homme, alors qu'il assiste à la scène ("elle en donna à son mari, qui était avec elle, et il en mangea"), pas un mot de lui. Aucune parole, pas de raisonnement, pas même une réaction. Non qu'il soit lui-même idiot ; mais par cet effacement, le texte semble nous confirmer ce qui était apparu précédemment : la femme est à elle seule le secours dont l'homme a besoin. Sans elle, il ne peut trouver le chemin de sa vie spirituelle. Attaquer la femme, c'est donc faire tomber les deux ensemble en les séparant de leur Créateur. C'est faire d'une pierre deux coups. (Souvenons-nous que l'homme et la femme sont bazar ehad, c'est-à-dire "une seule chair", une seule vulnérabilité – capables d'être meurtris, blessés ensemble).
Considérons dans le détail la méthode du serpent. Sa démarche de persuasion s'avère particulièrement subtile parce qu'insinuante. Sa première intervention a en effet une double portée. Le serpent a la langue fourche : il énonce quelque chose, mais c'est pour obtenir un effet bien précis, et caché. Dans ce qu'il dit, le contenu explicite brouille la perception du contenu implicite.
Comment cela ? Par sa question, il a l'air de demander confirmation d'une affirmation "Alors, Dieu vous a vraiment dit… ?", autrement dit "Est-il bien vrai que Dieu vous a dit : "Vous ne mangerez d'aucun arbre du jardin" ?" Ce faisant il met la femme sur une fausse piste pour dissimuler sa véritable intention. L'affirmation est grossièrement fausse ; "aucun arbre du jardin", c'est trop énorme. La femme voit bien l'erreur, qu'elle ne peut que corriger : "Nous mangeons les fruits des arbres du jardin."
Hélas, c'est là qu'était le piège. Le serpent, par ce procédé, a réussi à faire entrer la femme dans sa manière de penser. Il oriente la femme vers une erreur grossière et trop visible afin de la détourner de la véritable attaque. Sa stratégie ne porte pas sur le contenu (facile à rectifier). En semblant lui-même faire une erreur, il dissimule l'acte de langage dans lequel s'insère sa parole. C'est en quoi il se révèle un très fin manipulateur.
En n'ayant relevé que l'erreur que fait (volontairement) le serpent, qu'est-ce que la femme ne voit pas ? Elle ne voit pas qu'il y a de la provocation dans son discours. Elle se trouve conduite à faire un bout de chemin intellectuel avec lui : elle ratifie inconsciemment cette provocation, qui produit son effet en elle sans qu'elle s'en rende compte.
Car qu'aurait-il fallu relever tout de suite ? Que le serpent semble partir du principe que Dieu peut vouloir du mal à l'humanité. Et de fait, en ne réagissant pas, pour le rejeter, à ce soupçon porté contre la bienveillance du Créateur, la femme entre sans défense dans une discussion biaisée dès le départ, puisqu'elle exclut la bienveillance divine de ses présupposés.
En faussant l'interdiction divine, et notamment en la rendant absolue ("aucun arbre"), le serpent mettait l'accent sur le caractère négatif des instructions divines, omettant par là l'immensité des dons faits par le Créateur. Il introduisait ainsi un soupçon dans la relation entre la femme et le Créateur (et l'homme avec la femme, puisque ce dernier assiste à la scène).
Ne reconnaissons-nous pas cette attitude ? Quand il s'agit de la conduite de nos actions, c'est d'abord parce qu'on soupçonne Dieu de ne pas vouloir notre bonheur qu'on en vient à rejeter ses commandements.
La suite de nos réflexions sur ce texte dans la prochaine lettre !
Merci à Cécile Margelidon, Servane Rayne et au p. Florent Urfels pour leur travail sur le texte biblique, dont cette lettre s'inspire.
Guiard des Moulins, Le péché originel, Bible historiale (début du XVe siècle)
Source : essentiels.bnf.fr
Une œuvre d'art à savourer
Rome décline comme le champ moissonné
"Comme le champ semé", tiré des Regrets, de Joachim du Bellay (1558)
En 1553, à l'âge de 31 ans, Joachim du Bellay accompagne à Rome le cardinal Jean du Bellay, cousin germain de son père, en tant que son secrétaire.
D'abord enthousiaste à l'idée de découvrir la Ville éternelle, le jeune lettré finit par s'ennuyer des tâches d'intendance qui lui sont confiées. Cet éloignement de la France, son pays natal, nous est surtout connu par "Heureux qui comme Ulysse", mais nous a offert de nombreux autres sonnets, tous en alexandrins.
En voici un, tiré des Regrets, où l'on retrouve l'un des thèmes chers à l'auteur : la grandeur et la décadence de Rome.
Comme le champ semé en verdure foisonne, De verdure se hausse en tuyau verdissant, Du tuyau se hérisse en épi florissant, D'épi jaunit en grain, que le chaud assaisonne ;
Et comme en la saison le rustique moissonne Les ondoyants cheveux du sillon blondissant, Les met d'ordre en javelle, et du blé jaunissant Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne ;
Ainsi de peu à peu crût l'empire romain, Tant qu'il fut dépouillé par la barbare main, Qui ne laissa de lui que ces marques antiques
Que chacun va pillant : connue on voit le glaneur Cheminant pas à pas recueillir les reliques De ce qui va tombant après le moissonneur.
Du Bellay, Les Regrets (1558)
Du Bellay est fondateur avec Ronsard du groupe des poètes de la Pléiade. Il se donne pour ambition de forger une poésie en langue française qui égale celle des auteurs antiques, latins et grecs. Alors ici, qu'est-ce qui porte la marque de ce projet ?
un coup de cœur ❤, un enthousiasme, une émotion 🤩😯💔😢💗💃😍 artistique ?
La semaine prochaine, nous pourrions savourer ensemble votre œuvre d'art 🌟