Jean-Baptiste Monnoyer, Panier de fleurs (1646-1699), — rijksmuseum.nl – Domaine public
Le coin des mamans
Babar en musique avec Francis Poulenc
Chères mamans,
Voici pour vos enfants une idée d'histoire à écouter : c'est L'histoire de Babar, mais c'est Babar dans une version toute spéciale, enrichie de la musique de Francis Poulenc et lue par Pierre Fresnay. 👌
Voici comment l'idée de mettre Babar en musique est venue au compositeur, c'est une petite anecdote qui plaira aux enfants.
Le compositeur et pianiste Francis Poulenc, après la débâcle de juin 1940, séjourne chez des cousins à Brive-la-Gaillarde pendant l'été. Un jour, les enfants de la maison s'amusent à poser le livre sur le piano en lui demandant de leur jouer "ça". Il improvise alors pour chaque épisode de petits morceaux de musique.
L'idée lui a plu. Après l'avoir travaillée et écrite, Poulenc crée son Histoire de Babar en 1946 pour la radio, et dédie la partition à ceux qui en ont été les initiateurs : "Pour mes petits cousins Sophie, Sylvie, Benoît, Florence et Delphine Périer ; Yvan, Alain, Marie-Christine et Marguerite-Marie Villotte ; et mes petits amis Marthe Bosredon et André Lecœur, en souvenir de Brive."
Dans cet enregistrement unique 👇, on entend le compositeur lui-même au piano ! C'est une version devenue rare – mais que vous pourrez vous procurer par exemple ici (à condition d'avoir une platine vinyle !).
Pour ne rien gâcher, l'histoire est racontée par Pierre Fresnay, le Marius de la Trilogie marseillaise de Pagnol (Marius 1931, Fanny 1932, César 1936). On apprécie l'interprétation spontanée et très entière de ce grand acteur à la diction particulière.
[Lettre 27 : le corps féminin parle le langage de ce qui est vivant]
Nous sommes faits comme les plantes. Un jour semés dans le ventre de notre mère, nous grandissons peu à peu, restons cachés quelque temps, avant de venir au monde. Dans le ventre de notre mère comme la graine dans la terre fertile, nous croissons. Et cela se fait sans nous. Sans notre mère, même. C'est une force plus grande qui nous fait croître, qui soutient notre vie à chaque instant. Une force que nous ne maîtrisons pas, ni d'ailleurs celle qui nous porte en son sein, et qui nous portera, loin du corps de notre mère, jusqu'à notre dernier jour.
Une femme enceinte sait bien que son corps déroule sa partition jusqu'au bout, sans rien lui demander que d'accompagner le mouvement qui se fait en elle, dans elle.
Il n'y a pas d'acte de la volonté à poser pour que la grossesse aille jusqu'à son terme : la grossesse se soutient et se déroule "toute seule". Pour moi, rien à faire : mon corps fait. Ma volonté est impuissante en ce domaine, elle n'est pas convoquée. Je ne décide pas de tomber enceinte, ni du moment où l'enfant naîtra. Cela étonnera les grandes sportives, les danseuses, habituées à discipliner leur corps pour le guider vers l'exploit : pour une fois, ce n'est pas à moi de commander à mon corps cette prouesse. Il l'accomplit de lui-même.
Ma volonté est invitée à se joindre, comme accompagnatrice, au mouvement qui la précède. Elle n'est pas première. Mais c'est ainsi qu'elle soutient le mouvement de la vie, comme le jardinier qui soigne son jardin. Le jardinier ne "fait" pas pousser les plantes. Elles poussent, tandis que lui se soucie de leur développement, et en prend soin : n'ont-elles pas trop d'ombre ? ou trop de soleil ? pas assez ou trop d'eau ? la terre est-elle bonne à cet endroit ? Le jardinier ne fait pas pousser les plantes mais sans lui, elles ne pourraient pas pousser.
Enceinte, mon propre corps se met au service d'un autre avant de m'avoir posé la question. Il fait passer quelqu'un d'autre avant moi, à l'intérieur de moi.
Voilà un immense sujet de stupéfaction. Ai-je donné mon consentement à cette cohabitation dans la promiscuité ? Mon corps est altruiste avant que j'aie choisi de l'être – sans que je veuille même l'être.
Car après tout, je ne peux prévoir de quels petits ou grands maux je serai accablée. Le "désir d'enfant" se définit rarement comme le désir de se sacrifier pour quelqu'un d'autre… Or la grossesse n'est rien d'autre. Mon corps peut se mettre entièrement à disposition d'un bébé à ma propre volonté défendante. Mon corps est généreux de lui-même sans me demander mon avis. Je peux tomber enceinte sans l'avoir prévu, sans l'avoir décidé, cela ne changera rien à la partition de neuf mois qui se déroulera, et dont je serai la protagoniste, la scène, en même temps que la spectatrice.
Que penser de cela ?
D'abord, nous voyons que chacun de nous vient au monde dans un drôle d'acte de charité : la mère se fait passer en second, sans que cela relève d'un acte moral où la décision précèderait l'action. C'est ainsi : la maternité se vit charnellement dans une forme de sacrifice de soi, avant même que la volonté n'adhère à ce sacrifice. Même ce ventre rond qui précède la femme enceinte en fin de grossesse manifeste une forme d' "après vous" : quelqu'un passe devant. Enceinte, mon corps se gêne pour un autre, c'est comme cela. C'est ainsi qu'il est fait. Cet acte de charité-là est un événement du corps, pas une décision de l'esprit.
Et il y a encore autre chose. Enceinte, je suis dans un état physiologique qui n'est pas mon état de santé habituel – essoufflée, fatigable, ralentie, voire empêchée, jusque dans les efforts de mémoire, ou de concentration soutenue. Amoindrie.
Et pourtant, je ne suis pas malade. Cet affaiblissement n'est pas une anomalie.
Voilà qui est presque incompréhensible ! Je me trouve tout simplement dans un état de vulnérabilité normal.
Mais alors.
C'est que cela existe donc ?
Puisque mon cas comme femme enceinte n'est pas isolé, puisque cette scène se rejoue au début de chaque existence, puisque c'est ainsi que nous sommes tous venus au monde, faut-il comprendre que la vulnérabilité n'est pas un accident, mais une composante essentielle de la vie humaine ?
La grossesse ne serait donc pas un état inférieur de l'existence, une parenthèse à tenir à part de la vie, un moment de faiblesse passager qu'il faudrait chercher à cacher ou à effacer le plus vite possible, mais le premier révélateur d'une dimension essentielle de l'existence ?
Allons plus loin. Dans cet affaiblissement, mon corps manifeste sa faculté la plus fondamentale. Celle par laquelle il se distingue comme un corps de femme. L'événement de la grossesse le distingue en tant que ce qu'il est : un corps féminin. Mon corps occupé par un autre, même s'il est douloureux, affaibli, fatigué, n'est jamais autant lui-même, ni si vivant, que lorsque je suis enceinte.
Il y a dans le corps féminin la clef de compréhension de ce à quoi l'humanité est destinée : le don de soi pour que d'autres aient la vie. Ça ressemble à la logique de Dieu, non ?
Hans Holbein II, Portrait de Cecily Heron, fille de Sir Thomas More (vers 1527)
Royal Collection Trust – rct.uk
Vous aimez 💘 la lettre Entre toutes les femmes ?
Faites-la connaître en la transférant à vos amies !
"Le temps de l'amour", de Françoise Hardy, par Lea Desandre (2023)
Composée par Jacques Dutronc pour Françoise Hardy, la chanson "Le temps de l'amour" apparaît sur son premier album, en 1966. C'est une des chansons les plus connues et appréciées de la jeune chanteuse.
Dans leur album Idylle, paru à l'automne 2023, la mezzo-soprano baroque Lea Desandre et le luthiste Thomas Dunford en proposent leur propre interprétation, à découvrir ici :