Georgius Jacobus Johannes van Os, Nature morte de fleurs (ca. 1800-1825), — rijksmuseum.nl – Domaine public
Le coin des mamans
Jenny cherche le sens de sa vie
Chères mamans,
Spécialement pour vous, voici une idée de lecture. Parce qu'il est vrai que parfois, la vie quotidienne et nos différentes tâches professionnelles ou familiales nous éloignent (un tout petit peu ?) de la lecture… ;) Il s'agit d'un roman de Sigrid Undset, romancière norvégienne du siècle dernier et Prix Nobel de littérature : Jenny.
Vous pourrez le trouver en librairie ou en ligne dans sa dernière traduction française (2022). En attendant de le lire, en voici la description proposée par l'éditeur :
À l’aube du XXe siècle, Jenny, une jeune peintre norvégienne vivant à Rome, goûte pour la première fois aux joies de l’indépendance. Alors qu’elle peut enfin se consacrer tout entière à son art, elle fait la connaissance de Helge Gram et son existence bascule. En apprenant à déchiffrer son propre désir, Jenny va tenter de mettre au jour le sens profond qu’elle souhaite donner à sa vie, quand bien même Helge n’est bientôt plus le seul à susciter en elle ces interrogations.
À sa parution en Norvège en 1911, Jenny fit scandale. Jusqu’où pouvait donc se permettre d’aller une femme pour vivre la vie qu’elle avait choisie pour elle-même ? Passant outre certains des tabous les plus tenaces de son temps, Sigrid Undset livre une réflexion stupéfiante sur l’amour, l’art et la soif d’absolu, incarnée par une héroïne aussi puissante que fragile, aux prises avec son époque, ses propres contradictions et la violence des hommes.
Sigrid Undset (1882-1949) est l’une des grandes voix de la littérature norvégienne du début du XXe siècle. Romancière et polémiste prolifique, elle obtient le prix Nobel de littérature en 1928.
Qui suis-je ?
Vouloir ce qui est
[Lettre 28 : enceinte, mon corps me précède dans le don de moi-même]
La grossesse est un excellent révélateur, pour nous-mêmes et pour les autres, du fait que notre corps nous précède, quoi que nous fassions, quoi que nous voulions.
C'est ce qui rend la grossesse si difficile à accepter, parfois. C'est ce qui fait que nous, ou d'autres, pouvons la ressentir comme une insupportable provocation.
Elle est un révélateur d'un état de fait qui touche les femmes comme les hommes, d'ailleurs, les enfants comme les vieillards : notre corps a toujours une longueur d'avance sur nous.
Nous sommes déjà venus au monde, et notre conscience commence à peine à s'éveiller. Nous vivons plusieurs années (environ trois ans) avant que nos souvenirs ne viennent s'accrocher à notre mémoire. Nous nous voyons grandir alors que nous sommes de petits enfants. Nous nous voyons devenir homme ou femme sans être encore sortis de l'enfance. Nous nous regardons vieillir alors que nous sommes encore jeunes. (Cf. les premières rides, les premiers cheveux blancs, qui n'apparaissent pas vers 80 ans, mais plutôt entre 20 et 30 ans). Notre corps nous devance toujours, il nous indique, il nous rappelle ce qui va se passer après.
Nous n'avons pas choisi de venir au monde, et nous avons pourtant à accepter tout ce qui nous précède : notre origine, notre ascendance, notre sexe, notre corps dans ses moindres détails (la couleur de nos cheveux, de nos yeux…).
Dans le domaine du corps, la volonté est concernée dans un second temps.
Vous direz : oui mais par exemple il y a le sport, qui permet le dépassement de soi, et où ma volonté entraîne mon corps à l'exercice, voire à l'exploit. C'est vrai, mais dans ce domaine-là aussi la vieillesse impose des bornes à ma volonté. Mon corps suit une courbe dont les phases sont écrites d'avance : naissance, enfance, âge adulte, vieillesse, mort. Comme dans la grossesse, le cours du temps est écrit, prévisible et irréversible.
La vie de mon corps me précède, ce que je veux être vient en second.
Face à cet état de fait, comment faire pour vivre autrement que dans la passivité ou dans la révolte ?
Car après tout, il peut m'être insupportable d'exister dans un état que je n'ai pas choisi et qui me pèse, ou qui m'empêche de vivre. il peut y avoir un monde entre mes désirs (de plaire, mes projets de vie) et ce qui se présente à moi. J'aurais voulu être un garçon. J'aurais voulu être plus grande. Ou plus petite. Ou plus maigre. Ou blonde. Ou brune. Ne pas vivre cette maladie. Ne pas traverser cette épreuve d'infertilité. Et chaque jour il me faut constater le fossé qui existe entre ce qui est et ce que je veux : je ne suis pas ce que je voudrais être, je ne vis pas ce que je voudrais pouvoir vivre. Quelle injustice.
Or il y a dans l'acceptation de ce qui nous révolte une forme de sagesse personnelle à gagner, une forme de paix à conquérir. Accepter cet ordre des choses, que mon corps me précède, n'est pas forcément une défaite, une blessure. Ratifier ce sur lequel je n'ai pas prise n'est pas nécessairement une faillite de ma liberté, ni un aveu de faiblesse.
Je m'en rends bien compte : tant que je reste dans la logique de ce que je n'ai pas, de ce que je n'ai plus, de ce qui me fait défaut et que d'autres ont : tant que ma volonté veut se battre pour être première, je ne peux vivre en paix. Ni avec moi-même, ni avec les autres. Mes relations avec les autres seront elles-mêmes faussées, prises dans cet effort (vain hélas) pour me transformer moi-même.
L'enjeu, le grand enjeu, c'est la paix avec moi-même, et avec les autres. Accepter ce qui est, c'est une victoire pour ma liberté. Si mon corps est l'objet d'un bras de fer engagé par ma volonté contre lui, je ne peux vivre en paix. Pour apaiser le combat intérieur qui me tient révoltée contre ma condition humaine et donc corporelle, il est bon que je pense autrement qu'en termes d'injustice qui m'est faite.
Nous savons combien il nous est difficile, et à nous femmes en particulier, d'accepter les particularités de notre corps, d'y voir s'imprimer les marques du temps qui passe, de nous réconcilier avec lui, de le prendre juste tel qu'il est. D'aimer notre corps comme il est.
Mais mon corps, c'est moi. Aimer son corps c'est s'aimer soi ! Le chemin vers l'amour de soi passe par l'acceptation de son propre corps. Et ce n'est pas qu'une question très superficielle d'apparence ou de bien-être personnel. Il y va du grandissement de mon être intérieur et de la construction de ma personnalité. Mettre ma volonté à sa juste place, non aux commandes de mon corps, mais là comme un soutien, c'est m'offrir à moi-même une royale paix, et une immense liberté.
En effet, réconciliée avec mon corps je suis réconciliée avec les autres corps – réconciliée avec les autres. Prête à approfondir des relations plus humaines. Prête à m'offrir au monde dans la vérité de ce que je suis.
Anonyme, Portrait de jeune femme couronnée (l'un des "portraits du Fayoum", Ie siècle )
Domaine public
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Pour fêter l'arrivée bien réelle maintenant du printemps, voici un chef-d'œuvre parmi les plus appréciés de l'art occidental, que l'on pense connaître par cœur… et qui ne se laisse pourtant pas si facilement cerner.
"Le Printemps" est un tableau réalisé par Botticelli entre 1478 et 1482 sur panneau de bois. Il était initialement suspendu à la Villa Medicea di Castello, près de Florence (où il faisait pendant à la non moins célèbre "Naissance de Vénus", 1484-1485), vraisemblablement un cadeau de mariage offert au jeune Lorenzo di Pierfancesco de Médicis.
À part cela, les informations sont maigres : les spécialistes ne s'accordent pas sur la date d'exécution du tableau, des hypothèses différentes sont émises quant aux modèles qui ont posé pour les personnages (le dédicataire du tableau pourrait avoir posé pour Mercure, le personnage masculin tout à gauche), et l'interprétation générale du sens qu'il faut attribuer à la scène ne fait pas consensus. La plupart reconnaissent qu'il s'agit d'une allégorie du printemps – mais ensuite, les interactions entre les personnages ne sont pas explicites, pas plus que leur supposée identité allégorique. On peut proposer toutefois un premier degré de lecture, de droite à gauche : le vent (Zéphyr, à droite) souffle sur la terre, il fait pousser les fleurs et encourage la croissance sous la garde de Vénus, déesse du mois d'avril ; finalement Mercure, le dieu du mois de Mai, chasse les derniers nuages pour faire place à l'été.
Quoiqu'il en soit des mystères qu'elle renferme, l'œuvre est visible depuis 1815 (presque sans interruption) à la Galleria degli Uffizi, à Florence.
De quoi allons-nous remplir nos yeux ? Qu'est-ce qui retient notre attention, ici ?
Voici quelques points de repères – loin d'être exhaustifs, plutôt comme une porte d'entrée dans l'œuvre. Ici, on aime et on remarque :
Pour la goûter plus longuement, et tenter d'en percer le secret, pourquoi pas choisir cette œuvre comme fond d'écran ? Il suffit d'un clic droit sur l'image ci-dessus. 👆
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La semaine prochaine, nous pourrions savourer ensemble votre œuvre d'art 🌟