Willem Wenckebach, Coquelicots (ca. 1893), — rijksmuseum.nl – Domaine public
Le coin des mamans
Rêver, rire, pleurer avec le Dauphin Vert
Chères mamans,
Une précision au sujet du roman proposé la semaine dernière : si vous êtes dans une période où vous avez besoin d'une lecture encourageante ou de consolation… attendez encore un peu avant de le lire 🙃 Car c'est un roman amer.
Jenny(1911), de Sigrid Undset, est un récit prenant, mais foncièrement inquiet – et désespéré à la fin (presque artificiellement d'ailleurs, peut-être à la manière des mélodrames de l'époque ?). De très beaux passages éclairent la narration, avec de remarquables moments de vérité, mais chercher dans l'héroïne un modèle serait une erreur d'interprétation. L'œuvre fait partie des "romans de nos jours" d'Undset (connue pour ses romans historiques) : des ouvrages qu'elle qualifie de "licencieux" après sa conversion au catholicisme en 1924. En bref, c'est un roman mu par de grandes et graves questions – la tension entre les idéaux et la vie, le désir et la honte, la maternité et le travail – à lire pour se donner matière à réfléchir, mais peut-être pas pour se ressourcer.
Donc. Pour celles qui auraient besoin d'une lecture légère, d'un roman qu'on lit sans y penser, voici une nouvelle suggestion, à l'extrême inverse : Le Pays du Dauphin vert, d'Elisabeth Goudge. Paru en 1944, c'est un roman d'aventures, plein de personnages hauts en couleurs et de rebondissements, d'émotion, d'imagination et de profondeur. Une vraie lecture pour jeunes filles 🐣🌸👗 dont voici le résumé :
Nous sommes au XIXe siècle dans une bourgade des îles Anglo-Normandes.
La famille du jeune William emménage rue du Dauphin Vert. L'adolescent se lie à ses deux voisines, la jolie et souriante Marguerite, et la grave Marianne, plus ingrate.
On rêve, on rit, on pleure ; et l'on se moque de ce benêt de William qui, malgré sa préférence marquée pour Marguerite, ne peut s'empêcher de mélanger les prénoms des deux soeurs. Un détail idiot qui va bouleverser le cours de trois existences.
William s'établit comme colon en Nouvelle-Zélande, toujours épris de son amoureuse d'hier. Prenant un jour son courage à deux mains, il demande par lettre la main de Marguerite. Quelques mois plus tard, il a la surprise de sa vie : c'est Marianne qui débarque du bateau.
Qui suis-je ?
Entre toutes
Parlons franchement aujourd’hui.
Est-ce que la vierge Marie peut vraiment être un modèle pour nous ? Est-ce qu’elle n’est pas trop parfaite pour être imitable ?
Qui est-elle d'ailleurs ? Qu’en savons-nous dans les Évangiles ? À part que c’est celle qui a toujours la bonne attitude et la bonne réplique – entre nous, laquelle de nous aurait trouvé du tac au tac, pour répondre à l'envoyé de Dieu, une réponse aussi parfaite que "Que tout se passe pour moi selon ta parole" ? (Parce qu'en plus, elle parle en alexandrins.)
C’est celle qui médite, qui garde les choses dans son cœur, celle qui est là quand les autres n’y sont pas (au pied de la Croix, par exemple), celle qui a raison même contre Jésus ("Vous verrez, vous verrez, faites tout ce qu’il vous dira").
Beaucoup trop forte, on vous l’a dit.
Mais aussi, elle part avec un gros avantage. Immaculée conception, évidemment avec des moyens pareils, moi aussi, bref.
Au fond comment nous apparaît-elle, la sainte Vierge, la mère de Dieu, avant que nous cherchions à la connaître ? Toujours discrète, toujours souriante, ne se plaignant jamais. Et puis n’ayant pas de volonté propre, pas de désir, pas de vie amoureuse, pas d’histoire, jamais de doute. Trop forte.
Vivante, du coup ? C’est à en douter.
Nos représentations s'empêtrent dans un vague préjugé : elles pâtissent de la même vision un peu mièvre que nous transmettent les statues de plâtres de nos églises. Marie, une jolie jeune fille avec un déhanché juste ce qu’il faut – ni trop, ni trop peu. Et des roses sur les pieds. 🙄
Pas comme nous, quoi.
Mais attendez : n’avez-vous pas remarqué une chose ? Marie, n’est-ce pas précisément celle qui a été élue, bénie « entre toutes les femmes » ?
Cette belle prière du Je vous salue, Marie, que nous connaissons par cœur, que nous affectionnons tant pour certaines, que nous récitons quotidiennement pour les meilleures d’entre nous, cette prière nous désigne à deux reprises. La première, avec toute l’humanité, dans l’expression de "pauvres pécheurs". Pauvres de nous, oui, qui sommes livrés pécheurs à cette vallée de larmes. La seconde nous désigne directement, nous les femmes : "tu es bénies entre toutes les femmes". Parce que oui, si c'est "toutes les femmes", j'ai le droit de me compter dedans. Oh, mais attendez, alors on parle de moi dans l'Ave Maria.
Qu’entendons-nous précisément dans ces mots ? Marie, bénie "entre toutes les femmes", est-ce une manière de dire que toutes les autres sont nulles ? Une sorte de : Désolé, mais votre candidature n’a pas été retenue. Du coup on entend "comblée de grâce", comme "trop tard, elle a raflé la mise". Est-ce qu'il en reste pour nous ? On en doute.
Mais faut-il que nous nous mettions dans une attitude de concurrence avec la sainte Vierge, elle qui se place justement "entre" les femmes, in mulieribus, parmi nous, au milieu de nous pour ainsi dire. La sainte Vierge n’est pas un ange de perfection inaccessible. Une sorte de Kate Middleton de la vie mystique. Trop parfaite.
Non c’est bien différent. Bénie "entre toutes les femmes" ne signifie pas "malgré" les autres, ni "contrairement à" toutes les femmes (qui elles, n’ont pas passé la sélection, nous sommes désolés, etc.). La vierge Marie est mystérieusement l’une des autres. Elle se tient parmi nous. Au milieu de nous, à notre hauteur et non sur un piédestal. Sa présence nous distingue précisément, et révèle la grandeur de ce que nous sommes. C'est à une femme parmi les autres, comme les autres, que Dieu s'est adressé pour lui demander la faveur insigne de devenir l'un des nôtres.
Une femme au milieu de toutes les autres. Écoutons comme la formule est belle : Marie se tient avec toutes les femmes. Toutes celles qui ont vécu, toutes celles qui vivront, les femmes de toutes les époques et de toutes les contrées. Aucune n'est oubliée, depuis Ève jusqu'à la foule de celles qui ne sont pas encore nées. Marie, bénie au milieu de toutes les femmes créées par Dieu, nous élève toutes. Son élection révèle notre unité. Avec elle, nous sommes toutes bénies.
Car la grâce qu'elle a reçue, dont elle est pleine, elle ne la garde pas jalousement : c'est son Fils qu'elle donne à toutes les générations. Qui du coup ont raison de l'appeler bienheureuse. Puisque son Fils qu'elle nous donne, c'est Dieu.
Raphaël, Vierge à l'Enfant et saint Jean-Baptiste enfant (1512)
Domaine public
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Charles d'Orléans, Ballade LXXVI "Priez pour paix" (1531)
Prince du sang, père de Louis XII, Charles, duc d'Orléans (1407-1465) est aussi l'un des plus grands poètes de langue française.
Il a vingt-et-un ans lorsqu'il mène les armées royales contre le roi Charles V d'Angleterre, lors de la tristement meurtrière bataille d'Azincourt. Fait prisonnier et retenu otage c'est d'Angleterre, où il reste captif pendant vingt-cinq ans, qu'il écrit une immense partie de son œuvre.
Écrit donc par un homme qui connaît la guerre, et qui en subit les drames, voici un exemple bouleversant de ce que peut la forme de la ballade, poème long et ample en décasyllabes, lorsqu'elle est employée à exhorter tout un chacun à prier pour la paix. Contrairement à la majorité des autres ballades écrites en captivité, Charles d'Orléans ne traduisit pas cette ballade en langue anglaise : sans doute avait-il conscience de la dimension politique d'un tel plaidoyer pour la paix, qui impliquait le vœu d'une défaite ennemie.
Ballade LXXVI
Priez pour paix, douce Vierge Marie, Reine des cieux, et du monde maîtresse, Faites prier, par votre courtoisie, Saints et saintes, et prenez votre adresse Vers votre fils, requerrant sa hautesse Qu’il lui plaise son peuple regarder, Que de son sang a voulu racheter, En déboutant guerre qui tout dévoie ; De prières ne vous veuillez lasser, Priez pour paix, le vrai trésor de joie.
Priez, prélats, et gens de sainte vie. Religieux, ne dormez en paresse, Priez, maîtres, et tous suivants clergie, Car par guerre faut que l’étude cesse ; Moutiers détruits sont sans qu’on les redresse, Le service de Dieu vous faut laisser, Quand ne pouvez en repos demeurer ; Priez si fort que briefment Dieu vous oie, L’Église voult à ce vous ordonner ; Priez pour paix, le vrai trésor de joie.
Priez, princes qui avez seigneurie, Rois, ducs, contes, barons pleins de noblesse, Gentilshommes avec chevalerie, Car méchants gens surmontent gentillesse ; En leurs mains ont toute votre richesse, Débats les font en haut état monter, Vous le pouvez chacun jour voir au clair, Et sont riches de vos biens et monnoie, Dont vous dussiez le peuple supporter ; Priez pour paix, le vrai trésor de joie.
Priez, peuple qui souffrez tyrannie, Car vos seigneurs sont en telle faiblesse, Qu’ils ne peuvent vous garder par maîtrie, Ne vous aider en votre grand détresse ; Loyaux marchands, la selle si vous blesse, Fort sur le dos chacun vous vient presser, Et ne pouvez marchandise mener, Car vous n’avez sur passage ne voie, Et maint péril vous convient-il passer : Priez pour paix, le vrai trésor de joie.
Priez, galants joyeux en compagnie, Qui dépendre désirez à largesse, Guerre vous tient la bourse dégarnie ; Priez, amants, qui voulez en liesse Servir amours, car guerre, par rudesse, Vous détourbe de vos dames hanter, Qui maintes fois fait leurs vouloirs tourner, Et quand tenez le bout de la courroie, Un étranger si le vous vient ôter ; Priez pour paix, le vrai trésor de joie.
L’ENVOI
Dieu tout puissant nous veuille conforter Toutes choses en terre, ciel et mer, Priez vers lui que brief en tout pourvoie, En lui seul est de tous maux amender ; Priez pour paix, le vrai trésor de joie.
Quelques pistes de lecture, pour aborder ce poème.
Et pour les mélomanes, la première strophe a été admirablement mise en musique, pour piano et voix, par Poulenc (celui de L'Histoire de Babar, oui oui). À écouter ici, dans un arrangement pour chœur. Un miracle de pureté ✨
un coup de cœur ❤, un enthousiasme, une émotion 🤩😯💔😢💗💃😍 artistique ?
La semaine prochaine, nous pourrions savourer ensemble votre œuvre d'art 🌟