Nous savons bien que l'usage des réseaux sociaux fonctionne sur un ressort pas forcément bien avouable : la jalousie. Mais nous ne nous en rendons parfois pas bien compte, parce qu'au fond, nous n'envions pas vraiment la vie de telle ou telle influenceuse – fût-elle "catho" ou on – dont la maison semble sortie d'un magazine de décoration, dont les enfants sont toujours si propres, sages, bien élevés, tout en ayant l'air si joyeux, vivants, équilibrés, etc. Nous avons notre propre vie, et nous ne nous projetons pas complètement dans la vie – si parfaite semble-t-elle, des autres.
Nous nous pensons à l'abri de la comparaison. Or il nous faut combattre la manière sournoise dont la jalousie agit en nous : elle ne nous fait pas toujours vouloir ce que d'autres ont (ce qui la rendrait plus facile à deviner), elle peut simplement nous faire oublier ce que nous avons nous. Et de là à le dénigrer, il n'y a qu'un pas.
Réjouissons-nous aujourd'hui pour nos maris, nos enfants, nos conditions de vie, notre maison, notre travail, nos galères et nos joies, grandes ou petites !
L'antidote à trop d'heures passées sur Instagram à regarder la vie des autres ? Le voici, à répéter à volonté :
"La part qui me revient fait mes délices, j'ai même le plus bel héritage." (Psaume 15)
Jean-Etienne Liotard, Marie Fargues, épouse du peintre (1756 - 1758)
rijksmuseum.nl
Qui suis-je ?
Notre-Dame
Pourquoi l'incendie de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris nous a-t-il si fort émus ?
Pleure-t-on devant un bâtiment qui brûle ? Après tout, ce ne sont que pierres et poutres parties en fumée.
Mais nous sommes affectés, et sur le moment nous ne voulons pas y croire : que Notre-Dame brûle, ce n'est pas possible !
Pourquoi ?
Qu'-y a-t-il donc de nous-mêmes dans ce bâtiment, pour que nous souffrions de le voir disparaître ? De quelle manière cet édifice fait-il ainsi partie de nous ?
Il faut revenir à la signification de ces pierres. Chaque bâtiment se laisse aisément déchiffrer comme un livre, et en l'observant on peut y lire la pensée de celui qui l'a conçu. L'époque, le contexte historique, géographique, la volonté des hommes qui l'ont construit, tout cela parle. L'objectif premier du constructeur se dégage souvent au premier coup d'œil : un bâtiment peut vouloir manifester la puissance, la prouesse, être pensé avant tout pour être fonctionnel, ou être conçu pour s'adapter aux aléas climatiques…
Quand il s'agit d'une cathédrale, plusieurs motivations sont mêlées. Il s'agit d'une église, et pas n'importe laquelle : c'est celle de l'évêque. L'objectif "fonctionnel" du bâtiment, c'est d'être le lieu de la liturgie et de l'accueil des fidèles, et le siège de l'évêque. De ce seul point de vue, le bâtiment est remplaçable. Or, nous voyons bien qu'il ne l'est pas.
Alors est-ce l'ancienneté de l'édifice, la spécificité de sa construction, la ville à laquelle il appartient, qui nous fait le regretter ? Ce que l'on pleure, de voir disparaître l'ouvrage d'une époque reculée, l'admirable travail de tant d'artisans, la prouesse déployée par les artisans, tailleurs de pierre, charpentiers, sculpteurs, vitraillistes, qui y ont travaillé, pour en faire une œuvre qui dépasse les autres ?
Sans doute. Il est toujours terrible de voir disparaître un somptueux trésor du passé. Cela nous rappelle au fond que tout est appelé à disparaître, et nous aussi. L'incendie de Notre-Dame, un gigantesque memento mori ? Oui, sans doute. Mais il y a plus.
Le sentiment de la perte rejoint dans cet événement quelque chose qui n'est pas seulement de l'ordre de la pensée (cette pensée qui a mû la volonté des donateurs, et le travail des architectes au moment de sa construction) – on ne pleure pas pour un concept, pour un projet.
Les cathédrales ne sont pas l'expression d'un acte de pensée rendu concret par la volonté, mais la manifestation, par l'art, d'une expérience spirituelle. Elles rendent visibles la découverte faite par les hommes de quelque chose de Dieu. Les choses que Dieu nous apprend ne nous arrivent pas (toujours) sous forme d'idées : elles se manifestent à nous, elles sont là, tout simplement. Notre-Dame-de-Paris se tient debout non seulement comme le résultat de la volonté des hommes qui l'ont conçue, mais comme une expérience spirituelle qu'on a cherché à transcrire de manière tangible, visible, et même habitable.
Cette expérience spirituelle précise, pour être traduite dans le monde des réalités visibles, a demandé cette immense quantité d'efforts-là, de matériaux-là, de l'arbre à la poutre, du rocher à la statue, ces nombreuses années-là – il a fallu tout cela pour parvenir à exprimer ce que nous avons compris de Dieu.
Quel est le contenu de cette expérience spirituelle ?
Notre-Dame nous révèle qu'il y a quelque part une demeure pour nous.
À l'humanité qui cherche sa place, qui veut comprendre quel est le lien qui l'unit si fort à la terre, au monde qui l'entoure ; à l'humanité qui a tant besoin d'appartenir à l'endroit où elle vit, pour que ses racines poussent, et qu'elle puisse vivre, Dieu répond : il y a un lieu pour vous. Vous avez votre demeure en moi.
Voilà ce que manifeste ce bâtiment : l'effort de tout un peuple vers son Dieu, et sa foi dans la réponse pleine d'amour de ce Dieu. Cette révélation pleine d'espérance ("j'ai préparé pour vous un lieu sûr, une terre sacrée, un lieu auprès de moi") vient panser une plaie toujours ouverte dans l'humanité en exil sur la terre. L'incendie de Notre-Dame touche cette corde sensible, il nous remet face à ce questionnement si profondément enfoui en nous.
Or.
Cette cathédrale, qui nous parle d'une terre à laquelle nous aurons part, qui nous dit : "vous êtes ici chez vous, l'errance est terminée", cette cathédrale est dédiée à la sainte Vierge. La mère de Dieu, celle en qui "s'est accomplie la Parole de Dieu", celle en qui "Dieu réside" : enfin, la "sainte demeure du Très-Haut".
Simple coïncidence ? Peut-être pas.
Marie est le modèle spirituel de tout œuvre d'architecture sacrée. Elle a été, dans son propre corps, la première demeure du Verbe incarné.
L'expérience spirituelle rendue par les bâtisseurs de Notre-Dame, c'est l'éblouissement devant le mystère de l'Incarnation : que Dieu se soit fait si proche, éternellement. Que le corps d'une femme ait apporté Dieu sur la terre. Grâce à quoi désormais, la demeure de Dieu est devenue la nôtre.
« Tous ont en toi leur demeure, sainte Mère de Dieu. »1
1 citations tirées des offices de la fête de la Visitation (antiennes)
Édouard Baldus, Notre-Dame (Abside), années 1860
metmuseum.org
Vous aimez 💘 la lettre Entre toutes les femmes ?
Faites-la connaître en la transférant à vos amies !
tirée des Quatre petites prières de saint François d'Assise
À l'été 1948, Poulenc reçoit de son petit-neveu Jérôme, franciscain du couvent de Champfleury près de Poissy, le texte de quatre prières attribuées à saint François d'Assise, pour qu'il les mette en musique.
C'est chose faite avant la fin de l'année. Poulenc délivre au couvent quatre pièces courtes pour chœur d'hommes a cappella, d'une merveilleuse diversité thématique et d'une difficulté technique certaine. Il y déploie son talent propre qui sait conjuguer si harmonieusement références archaïsantes et modernité du langage musical, influences profane et inspirations sacrées.
Ici, une prière adressée à la Vierge Marie, enregistrée par le Netherlands Chamber Choir sous la direction d'Eric Ericson en 2002, que nous laisserons parler d'elle-même. En voici simplement le texte (qui fait en partie écho à nos premières réflexions ci-dessus 👆) :
Salut, Dame Sainte, reine très sainte, Mère de Dieu, ô Marie qui êtes vierge perpétuellement, élue par le très saint Père du Ciel, consacrée par Lui, avec son très saint Fils bien aimé et l’Esprit Paraclet, vous en qui fut et demeure toute plénitude de grâce et tout bien ! Salut, palais ; salut, tabernacle ; salut, maison ; salut, vêtement ; salut, servante ; salut, mère de Dieu ! Et salut à vous toutes, saintes vertus qui par la grâce et l’illumination du Saint Esprit, êtes versées dans les cœurs des fidèles et, d’infidèles que nous sommes, nous rendez fidèles à Dieu.