Chères mamans,
La rentrée est un bon moment pour prendre conscience d'une chose que nous éprouvons la plupart du temps sans nous en rendre compte.
À la rentrée nous voyons distinctement que nous sommes capables d'éprouver des émotions pour un autre.
Exemple. Notre tout-petit fait sa première rentrée. Avant cela, il a connu le cocon de la maison, le cadre rassurant de la crèche, l'affection de la nounou. Ici tout est nouveau et nous n'apprendrons de la maîtresse que peu de choses sur sa journée. Nous ne savons pas vraiment ce qu'il éprouve lui, nous ne sommes pas dans son cœur. Et puis il n'est pas encore à l'âge où il peut exprimer clairement ce qu'il ressent. À la question "Alors, comment s'est passé sa rentrée ?" Nous pouvons répondre : "Très bien ! Euh, du moins je crois. En tout cas il n'y a pas eu de pleurs."
Nous n'aurons jamais accès à l'intériorité de notre enfant, mais en revanche, nous savons ce que nous-mêmes nous ressentons.
Et ce que nous ressentons est immense.
En vrac, nous sommes en même temps fières pour lui, heureuses de le voir grandir, et nous avons de l'appréhension aussi, comment va-t-il s'adapter au rythme, est-ce que la maîtresse va comprendre ses besoins spécifiques, se fera-t-il rapidement quelques amis ? Et pour les autres, les plus grands, nous nous réjouissons pour celle qui retrouve les amis de l'an dernier, nous avons de l'appréhension pour celui qui quitte l'école pour le collège, nous admirons le courage et l'entrain de celle ou celui qui redouble ou qui saute une classe.
Et ces émotions, si nous les éprouvons à propos d'un autre que nous-mêmes, ne sont pourtant pas des émotions pour de faux, moindres, ou moins vraies. Elles n'ont pas changé de nature en ne m'ayant pas comme sujet. Décentrées de moi-même, ces émotions vivent à l'intérieur de moi comme chez elles. Le sourire me vient spontanément en pensant à celui qui a l'air d'aller si bien, mon ventre se noue en pensant à celle qui s'est fait trahir par des amies un peu chipies. Comme je sourirais de tel de mes propres succès, comme je m'affligerais de telle remarque désobligeante adressée à moi par un proche. Je peux être triste ou joyeuse sans qu'il s'agisse de moi. Voilà le cœur de mère que Dieu nous a façonné !
Il y a dans notre cœur (pas seulement dans notre corps) de la place pour que d'autres y vivent. Aussi inconfortable que cela soit parfois, nous avons de la place pour d'autres à l'intérieur de nous ! Et cela ne concerne pas seulement nos enfants, mais peut-être aussi ceux des autres, et puis la voisine qui est si seule, notre cousin qui a perdu sa femme, tel nouveau jeune collègue qui a l'air un peu déboussolé… la liste ne s'arrête jamais.
Notre cœur de mère est un cœur compatissant : il se serre ou se réjouit pour d'autres que nous. En creusant notre intériorité, en y faisant constamment de la place, nous vivons pleinement notre vocation.
Émile Friant, Chagrin d'enfant (1898)
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