Entre toutes les femmes
  • Qui suis-je ?
  • Le coin des mamans
  • Une œuvre d'art à savourer
  • Toutes les lettres
  • Toutes les lettres
  1. Accueil
  2. Les lettres
  3. Lettre 5

Lettre 5

29 octobre 2023

Le coin des mamans

Créer des souvenirs d'enfance avec l'art

Chères mamans, 

Cette semaine, reprenons notre devise :

Faisons des œuvres d'art

leurs souvenirs d'enfance ! 

Ce lien vous mènera vers un podcast original : les Promenades imaginaires au musée d'Orsay. 

Chaque podcast d'une dizaine de minutes est construit comme un récit qui accompagne un tableau des collections du musée d'Orsay. Les textes sont bien écrits, bien racontés, bourrés de références, et les œuvres sont choisies pour plaire aux enfants. 

Bonne écoute avec vos petits ou grands ! 

Qui suis-je ?

La beauté sans conditions

[Lettre 4. Mon corps comme vocation]

Nous avons grandi dans l'idée que la beauté est une conquête qui demande des efforts constants, une tension permanente vers un idéal toujours devant nous, qu'il nous faudrait atteindre au prix de rigueur et de discipline (et d'un tas de produits cosmétiques). Il faut souffrir pour être belle. Nous courons après quelque chose que l'on nous dit rare et que nous croyons ne pas posséder. 

En conséquence, nous pensons en général notre beauté au conditionnel. Et nous nous perdons dans la jalousie et la comparaison. 

Je serais belle si je n'avais pas les épaules carrées. Si mes cheveux avaient une couleur moins commune. Si mon nez n'était pas pointu. Si seulement je pouvais bronzer. Je ne me sens belle qu'à condition d'être bien habillée. Je serai belle quand j'aurai entamé un régime – quand j'aurai le temps de me faire belle, d'ailleurs !

A nos propres critères, s'ajoutent ceux de la mode. Il nous faudrait un corps souple, fin, gymnique, d'où toute forme de pesanteur soit absente. Un corps jamais fatigué, ou jamais ralenti par une grossesse, un corps qui ne montre pas trace de faiblesse, ni de vieillesse. 

Et nous désespérons car cet idéal, jamais nous ne l'atteignons. Evidemment. 

Or nous nous trompons.

Notre propre beauté est déjà là. 

Elle nous précède. 

Avant d'être utile, la nature créée par Dieu est un chef-d'œuvre de splendeur. Devant une montagne, on ne dit pas "à quoi sert-elle ?", ou "elle est trop haute" mais : que c'est beau. 

Avant d'être un outil utile, avant d'être mesurable, comparable à d'autres corps (ou à lui-même à d'autres âges), notre corps manifeste la beauté comme attribut essentiel de Dieu. 

Autrement dit, les femmes sont belles parce que Dieu lui-même est beau, qui les a créées. 

La beauté des femmes est l'empreinte laissée par l'action créatrice de Dieu sur chacune de nous. De même que toute la Création est un chef-d'œuvre de splendeur, de même la beauté des femmes est un reflet de la beauté de Dieu.  

La beauté des femmes n'est pas un horizon à atteindre, c'est un signe distinctif. La marque essentielle de notre condition féminine. Notre point commun à toutes. 

Les femmes sont belles.

Je suis belle. 

Point. 

A chacune il revient de découvrir quelle beauté Dieu lui a façonnée afin de la laisser rayonner de sa lumière propre. 

Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire au grand pin (vers 1887))

Une œuvre d'art à savourer

La lune guette depuis longtemps ce geste

Un extrait de Guerre et Paix, de Léon Tolstoï (1865-1869)

Guerre et Paix ne saurait se laisser résumer, mais on peut en extraire des scènes mémorables, dont l'expression poétique et la portée philosophique laissent une forte empreinte sur le lecteur. 

Pour celles qui ne se seraient jamais plongées dans ce véritable roman-fleuve de plus d'un millier et demi de pages, et pour celles qui l'ayant lu, seront heureuses d'en retrouver un peu l'atmosphère, voici l'un des très beaux et émouvants passages du roman.

Ce passage n'appartient pas au registre des fameux épisodes de bataille, nombreux dans le roman, ni à celui des discussions politiques ou des considérations historiques. Il s'agit d'un extrait qui a une part importante dans la constitution de la trame amoureuse du récit. 

Les trois protagonistes en sont : 

[Obligé pour affaires de se rendre chez le comte Rostov, qui séjourne avec sa famille dans sa maison de campagne, le prince André y a été retenu à dormir.]

La nuit, resté seul dans cette maison étrangère, [le prince André] fut longtemps sans pouvoir dormir. Il lut, éteignit la bougie, la ralluma. Il faisait trop chaud dans sa chambre aux volets clos de l'intérieur. Il était irrité contre ce stupide vieillard (comme il appelait le comte Rostov) qui l'avait retenu, lui assurant que les papiers nécessaires étaient en ville, qu'on ne les lui avait pas encore envoyés, et il s’en voulait d'être resté.

Il se leva et s'approcha de la fenêtre pour l'ouvrir. Dès qu'il eut repoussé les volets, la clarté de la lune, qui semblait guetter depuis longtemps ce geste, fit irruption dans la pièce. Il ouvrit la fenêtre. La nuit était fraîche et paisiblement lumineuse. Juste devant lui se dressait une rangée d'arbres taillés, noirs d'un côté, clairs et argentés de l'autre. Sous les arbres poussait on ne sait quelle herbe grasse, humide et frisée, avec ça et là des feuilles et des tiges argentées. Plus loin, derrière les arbres noirs, on voyait un toit brillant de rosée, plus à droite, un grand arbre échevelé au tronc et aux branches d'un blanc éclatant et, au-dessus, la lune, presque pleine dans un ciel pâle, printanier, à peu près vide d'étoiles. Le prince André s'accouda à la fenêtre et ses regards s'arrêtèrent sur ce ciel.

Sa chambre était située au premier étage ; les chambres du second étaient  habitées et on n'y dormait pas non plus. Des voix féminines lui parvinrent de là-haut. 

– Encore une fois seulement, insista une voix que le prince André reconnut aussitôt.

– Mais quand donc vas-tu dormir ? fit une autre voix.

– Je ne dormirai pas, je ne veux pas dormir. Qu'y puis-je ?… Allons, une dernière fois !…

Les deux voix se mirent à chantonner, sans doute la fin d’une romance.

– Ravissant ! Et maintenant on dort, c'est fini.

– Dors, toi, moi je ne peux pas, répondit la première voix. 

La jeune fille qui parlait ainsi avait dû venir à la fenêtre et se pencher au-dehors, car on entendait le froissement de sa robe et même sa respiration. Tout se tut et se figea, comme la lune, sa clarté et les ombres qu'elle projetait. Le prince André craignait de faire le moindre mouvement, lui aussi, pour ne pas trahir sa présence fortuite.

– Sonia ! Sonia ! reprit la première voix. Voyons ! Comment peut-on dormir ? Mais regarde donc ! Quelle merveille ! Ah, quelle merveille !… Mais réveille-toi, Sonia ! – Il y avait presque des larmes dans cet appel. – Jamais, jamais il n'y a eu de nuit aussi merveilleuse ! 

Sonia répondit quelque chose à contrecœur. 

– Non, viens voir cette lune !… C'est merveilleux ! Viens ici, ma chérie, mon cœur, viens ici !… Eh bien, vois-tu ?… Voilà, si tu t'accroupis ainsi, comme ça, si tu serres tes genoux entre tes bras, bien fort, le plus fort possible, tu t'envoles… Voilà, comme ça… 

– Assez ! Tu vas tomber. 

Il y eut une légère bousculade. 

– Il est près de deux heures, fit la voix mécontente de Sonia.

– Ah, tu me gâches tout ! C'est bon, va, va ! 

Tout redevint silencieux, mais le prince André savait qu'elle était toujours assise là ; il percevait parfois un léger mouvement, un soupir. 

– Ah, mon Dieu, mon Dieu ! Qu'est-ce donc que cela ! s'exclama-t-elle soudain. Dormons, puisqu'il faut dormir… – Elle referma la fenêtre. 

"Et elle ne se soucie pas de mon existence", songeait le prince André tandis qu'il prêtait l'oreille à sa voix, attendant et craignant, il ne savait pourquoi, qu'elle parlât de lui. "Et de nouveau elle, comme un fait exprès." Brusquement un tel tourbillon de pensées et d'espoirs juvéniles se déchaîna en lui, contredisant sa vie passée, que se sentant incapable d'y voir clair il s'endormit aussitôt. 

Léon Tolstoï, Guerre et Paix (1865-1869), trad. Boris de Schlœzer, Folio Classique, p. 687-688

Qu'est-ce qui nous touche ici ? 

C'est une scène de rencontre imprévue : cela ressemble à la vraie vie. 

Au départ, les deux personnages sont tenus éveillés par des pensées fort différentes : Natacha par l'enthousiasme et l'émotion, le prince André par l'ennui et une forme de mal être. Natacha peut s'épancher parce qu'elle ne se sait pas entendue. Le prince André est surpris de l'entendre : cette "rencontre" est involontaire.

Pourtant il y a bien quelque chose de l'ordre du partage d'âme. La preuve en est le bouleversement vécu par le prince André après avoir surpris cette conversation : lui qui se pensait à jamais écarté de la vie, le voilà brutalement ramené à la vie et à la jeunesse sans pouvoir nommer ce qui advient en lui. Et qui dira ce qui émeut tant Natacha dans le spectacle de cette nuit : n'est-ce pas qu'elle ressent aussi le tremblement d'un premier amour ? 

Ici Tolstoï parvient à saisir ce qui est insaisissable : avant même que le protagoniste puisse le discerner comme tel, il nous raconte l'instant qui fixe la naissance du sentiment amoureux. 

← Toutes les lettres

Recevoir la lettre

Chaque dimanche, directement dans votre boîte mail.


Une œuvre vous a touchée ?

Vous aussi vous souhaitez partager un coup de cœur ❤, un enthousiasme, une émotion artistique ?

La semaine prochaine, nous pourrions savourer ensemble votre œuvre d'art 🌟

Partagez vos idées en nous écrivant à bonjour@entretouteslesfemmes.fr

Entre toutes les femmes

Nourrir, encourager, éclairer

Qui suis-je ?
Le coin des mamans
Une œuvre d'art à savourer
Toutes les lettres
bonjour@entretouteslesfemmes.fr
© 2026 Entre toutes les femmes