Plaque de céramique représentant un paysage italien (vers 1670-1700) — rijksmuseum.org
Le coin des mamans
La beauté au cœur du quotidien familial
Chères mamans,
Vous vous souvenez de notre idée de départ, de faire des œuvres d'art les souvenirs d'enfance de nos enfants ? Cela passe entre autres par le fait de les mettre au contact de ce qu'il s'est fait de beau à d'autres époques.
Or la bonne nouvelle, c'est qu'on n'est pas obligé d'afficher des reproductions des maîtres italiens dans son salon (même si on peut le faire aussi ;) : il suffit parfois simplement de choisir avec soin le motif d'une paire de rideaux ou d'une housse de coussin.
Membre du mouvement "Arts & Crafts" ("art et artisanat"), William Morris est un artiste britannique du XIXe siècle, grand admirateur du Moyen Âge, qui a dédié une (bonne) partie de son œuvre à la création de motifs conçus pour la décoration. Et aujourd'hui, ça tombe bien, on peut acheter ses œuvres pour pas cher : sur des objets de décoration (abat-jour, tapis…), en tissu au mètre, ou en papier peint. Vous trouverez des idées en allant faire un tour sur Etsy. (Et oui bien sûr, une recherche Google, ça marche aussi).
Un seul exemple ci-dessous : c'est plus rare, plus inspiré, et plus personnel que le liberty industriel d'une enseigne de prêt-à-porter. Non ? ✨
Tissu Honeysuckle & Tulip Coton, distribué par Morris & Co
Qui suis-je ?
Objet de culture
Il est des choses immuables qui résistent au temps, et la grande partition de l'humanité entre hommes et femmes en fait partie.
Chaque époque a sa manière de porter un regard sur ce donné qui la précède et qu'elle transmettra aux générations qui la suivent. On n'échappe pas à la différence sexuelle, on s'y heurte et on crée, à partir de cette confrontation, une culture. À chaque époque, il s'agit de repenser la chose, ou plutôt, de la penser à frais nouveau. À chaque époque il revient d'essayer de l'appréhender, de la sublimer. C'est ainsi : la différence sexuelle, qui se justifie pratiquement par la succession des générations – la dimension physique de l'engendrement – devient toujours un trait de civilisation. On n'y peut rien. Nous autres, roseaux pensants, ne saurions vivre sans nous raconter aussi comment nous vivons, sans tenter de répondre à la question : comment vivre ?
Tout ce qu'on a pu mettre autour de cette différence, qui se manifeste d'abord corporellement, de culture (de "constructions sociales"), manifeste cet effort pour penser un mystère sans fond, qui fascine, qui effraye… et qui charme. L'enjeu de l'éducation affective n'est pas une nouveauté. Le jeu sur le travestissement est à peu près vieux comme le monde. L'interrogation sur les critères définitoires des sexes, sur ce qui leur appartient en propre, au fond, est une enquête toujours recommencée. L'histoire des arts, de la littérature, est un bon révélateur de cette recherche passionnée.
Or à comparer les productions des époques différentes sur cette question, on ne peut que constater qu'il y a des ratés et des réussites, des époques plus fines que d'autres dans leur manière d'aborder le problème. Il y a des moments de l'histoire où, sur de certains territoires, la tension entre ces deux pôles de l'humanité, masculin et féminin, ne s'est pas forcément assimilée à une lutte, ni à un pur jeu de domination. L'histoire du costume, de la danse, celle de la galanterie, nous disent bien cette capacité que nous avons d'orner de culture notre humanité.
Aujourd'hui encore nous sommes en plein dedans. Après tout, s'efforcer de penserl'effacement de la différence, l'interchangeabilité des sexes, c'est une manière parmi d'autres de penser ce grand mystère. Car si on regarde bien, dire que "femme" et "homme" sont des catégories dépassées, c'est encore créer une culture, un édifice de pensée et de mots, de pratiques, autour de la chose. Qui elle, nous résiste, encore et toujours. Ce qu'il y a de certain, c'est que la différence sexuelle survivra à cette entreprise de penser son effacement, son abolition. Et passera à la génération d'après – qui aura pour tâche de l'orner de mots, de la transformer en art, à son tour.
Jean-Honoré Fragonard, Renaud dans les jardins d'Armide,dit aussi : Renaud entre dans la forêt enchantée (vers 1661/1765)
collections.louvre.fr
Vous aimez 💘 la lettre Entre toutes les femmes ?
Faites-la connaître en la transférant à vos amies !
Un extrait des Mamelles de Tirésias, de Francis Poulenc,
chanté par Denise Duval (1959)
Voici un air hilarant tiré des Mamelles de Tirésias, interprété en récital par Denise Duval, qui pourrait bien illustrer ce que nous disions plus haut dans la section "Qui suis-je ?".
Les Mamelles, c'est un opéra-bouffe de Poulenc (qui invente pour l'occasion le genre du "drame surréaliste") créé à l'Opéra-Comique en 1947 sur un livret – surréaliste, donc – de Guillaume Apollinaire. Le sujet, qui a bien des résonances avec notre époque, parle d'un couple divisé par la question de la procréation, de changement de sexe, d'une femme devenue homme et d'un homme capable de porter des enfants (en l'occurence, 40 049).
À la fin, on retombe sur ses pieds, le mari et la femme se retrouvent plus amoureux que jamais. Poulenc ni Apollinaire ne sont des révolutionnaires, et d'ailleurs l'opéra s'était ouvert par un prologue annonçant son ambition : contrer le drame de la dépopulation en encourageant les couples à faire des enfants, et spécialement, en exhortant les femmes à ne pas abandonner leur rôle de mère. Mais bien plus intéressant que le but affiché de l'auteur, c'est le récit lui-même, c'est-à-dire ce par quoi l'on passe dans l'exploration des limites du possible.
Un aperçu ici : le personnage féminin, Thérèse, ouvre l'opéra par une diatribe féministe traitée sur le mode comique. On apprécie en particulier l'élégance naturelle et la malice enjouée de Denise Duval, à la diction impeccable et à la voix si facile. Et bien sûr le piano (et même, la voix), du compositeur himself !
(Pour mieux apprécier l'écoute, le texte à ce lien.)