Chères mamans,
Un de nos grands défis dans l'éducation de nos enfants, c'est d'être confrontées à leurs émotions. Qu'elles soient positives ou négatives, qu'elles s'expriment bruyamment ou non, qu'ils sachent ou non les apprivoiser, en fonction de leur âge, rappelons-nous toujours une chose : nos enfants vivent de véritables émotions, non pas de mignonnes émotions pour de faux, des émotions superficielles, ni des demi-émotions.
Un enfant n'est pas un adulte à moitié fini, qui percevrait les choses un peu moins bien, de manière partielle ou imparfaite. C'est déjà une personne, tout entière, complète, mais une personne en croissance.
Qu'est-ce que cela signifie ?
Cela signifie que lorsqu'ils sont – par exemple – joyeux ou en colère, déçus ou qu'ils ressentent très fortement l'injustice, nos enfants ressentent la même chose que nous. La force de l'émotion n'est pas amoindrie parce qu'elle serait vécue par un enfant. Celle-ci ne perd ni en qualité ni en puissance. C'est la même colère, la même joie, la même tristesse que celles que nous pouvons ressentir, avec nos problèmes et dans nos vies "de grands".
Or cela ne nous semble pas toujours évident. Car ce qui déclenche leur hilarité, leur tristesse ou leur colère peut, à nous adultes, sembler parfaitement dérisoire. Pourquoi tant de larmes pour un petit caillou perdu dans l'herbe ? Pourquoi se mettre dans un tel état pour un jouet qu'on ne veut pas vous prêter ? Comment un simple jeu de regards provoque-t-il de tels fous rires, et inextinguibles ?
Rappelons-nous une chose, lorsque nous interrogeons la cause de l'émotion : nos enfants ressentent vraiment la colère, la peur, la joie, ils ont de véritables élans d'affection qui les saisissent tout entiers, et des moments de tristesse inconsolable. Comme nous. Mais contrairement à nous, qui sommes déjà passés par ces émotions de nombreuses fois, qui les reconnaissons et avons appris (en partie au moins) à les domestiquer, ils les vivent pour la première fois. Le jardin de leur vie émotionnelle est vierge : c'est pour la première fois qu'y poussent ces sensations corporelles mêlées à des sentiments puissants. Et pour nous, adultes, c'est cette nouveauté qu'il faut voir.
Leur colère n'est pas dérisoire parce qu'il ne s'agit (après tout) que d'une histoire de stylo volé. (D'ailleurs, qui d'entre nous ne s'est jamais laissé exaspérer pour rien – dans la queue bien trop longue et trop lente de la boulangerie, par exemple). Cette colère n'a rien de dérisoire, au contraire : c'est une première fois. Et il en faudra de nombreuses autres pour arriver à apprivoiser cette émotion, à la reconnaître, à la faire sienne et à la modérer, si besoin.
Les émotions des enfants sont toutes neuves, parce que leur être est tout neuf. Pour eux le monde est entièrement nouveau, qui laisse sur eux son empreinte d'événements bons ou mauvais, pour la première fois. Il est normal que sur cette page blanche tout apparaisse avec plus d'intensité : c'est à nous de les aider à canaliser une émotion qui les submerge, quand nous voyons qu'elle peut les blesser ou blesser les autres. C'est là que notre exemple est irremplaçable, et le meilleur des maîtres. Si nous voulons que nos enfants sachent vivre avec leurs émotions, à nous d'abord d'apprendre à vivre avec les nôtres.
Aussi – lorsque nous n'arrivons pas à comprendre leurs excès, dans le négatif comme dans le positif – est-ce à nous de nous faire proche d'eux, en nous rappelant deux choses. D'abord, les émotions que vivent nos enfants sont plus innocentes que les nôtres ; et puis : leurs émotions ne sont pas moins importantes que les nôtres.
Au contraire, elles sont aussi importantes que les fondations d'une maison : c'est sur ce lit de souvenir qu'ils construisent leur personnalité d'adulte.
Henri-Pierre Danloux, Deux enfants se disputant un morceau de pain, (1800-1809)
Source : collections.louvre.fr