[Lettre 18 : certains vêtements mieux que d'autres disent qui nous sommes

Qu'il soit ou non pensé pour orner, chaque vêtement est un ornement. C'est obligatoire : même le t-shirt le plus neutre n'est pas qu'utile. Il vient, il ne peut s'empêcher de se mettre au service de quelque chose de notre beauté.

Notre corps est ainsi fait : il n'est pas un support neutre. Le corps humain n'est pas un objet, il est le corps d'une personne. Et en tant que tel, il est doté de la beauté particulière de ce qui a été créé par Dieu. Par là, on peut dire que couvrir son corps est à la fois un acte absolument nécessaire (question de santé, de pudeur, etc.) et en même temps, qu'il y a toujours quelque chose de gratuit dans cet acte. Quelque chose de simplement pour le plaisir. 

C'est comme si la propre gratuité de la beauté du corps humain se communiquait au vêtement : notre corps est beau et tout ce qui le couvre vient aussi l'orner. 

Mieux encore, notre corps a la faculté de rendre noble ce qui vient le couvrir. Il exhausse la valeur de ce dont il s'orne. 

C'est aussi parce que l'ornement, loin de n'être qu'un étalage superflu de vanité, nous révèle. Le voile nous dévoile. Il parle un langage spirituel : il parle de toute la personne, et non seulement de son corps. 

Il y a des vêtements qui ne sont pas dignes de la personne humaine, et c'est un des premiers devoirs de charité que de donner des vêtements décents à qui en a besoin. Il n'est pas acceptable que l'infinie richesse de la personne, âme, corps et esprit, volonté libre, soit niée par un vêtement qui contredise sa dignité. 

Dans le processus même de vêtir celui qui en a besoin (et par exemple un nourrisson qui vient de naître), le vêtement n'a pas qu'une fonction utilitaire. Il a aussi pour tâche de révéler la beauté de celui qui le porte : la beauté commune à toutes les créatures de Dieu, celle qui vient de la grandeur de l'être humain, mais aussi la beauté particulière que chacune de ses créatures a reçue en partage. 

Point besoin pour cela de tenues forcément précieuses ou chatoyantes, d'ailleurs. Celles-ci ont bien leur nécessité mais dans leur temps : la beauté, comme la vérité, doit rencontrer le juste moment pour se révéler. On réserve aux jours les plus importants les tenues qui sortent de l'ordinaire, et il est bon qu'il en soit ainsi. 

Quelle femme irait au travail parée comme le jour de son mariage ? À l'inverse, qui se marierait dans des vêtements de travail ? Il y a un temps pour travailler. Et un temps pour briller

Ne négligeons pas ce temps pour briller au prétexte qu'il ne correspondrait qu'à des moments exceptionnels, et qu'il y a des choses bien plus importantes dans la vie que de soigner sa parure.

C'est vrai, il y a plus important. Mais tenons bien les deux bouts ensemble : n'oublions pas ce lien qui existe entre le visible et l'invisible. Soigner son apparence, c'est révéler quelque chose de la richesse de ce qu'il y a à l'intérieur de nous. C'est honorer qui l'on est en entier, c'est laisser entendre la richesse de notre personnalité. 

Choisir de se parer, c'est aussi s'exercer à bien se connaître. C'est recevoir la beauté qui vient de Dieu, et en prendre soin, avec ses particularités : choisir les couleurs, les formes de vêtements, les types de tissus qui nous vont bien, cela dit quelque chose du regard que nous posons sur nous-mêmes.

C'est une manière très joyeuse de répondre au geste créateur de Dieu, qui a pris plaisir à nous parer le premier. Mettre en lumière tels beaux yeux, telle magnifique chevelure, tel grain de peau qui sont les nôtres est une forme d'action de grâce. 

Or voilà : notre beauté est habituellement plongée dans la vie de tous les jours. Précisément là où ses apparitions peuvent parfois être… entrecoupées. Elle se tient parfois patiemment à l'ombre des soucis du moment présent, son éclat terni par les occupations quotidiennes. Intermittente et indomptable beauté que nous voudrions pouvoir garder en permanence à son faîte ! 

Il est donc juste qu'il y ait des jours où elle apparaît pour elle-même. Il y a pour chacune d'entre nous des moments où nous sommes invitées à laisser briller notre beauté de tout son éclat. À nous présenter au monde dans toute la gloire de notre beauté, avec un visage radieux et un regard lumineux. Ce n'est ni vanité ni coquetterie. C'est dans l'ordre des choses. 

Berthe Morisot, Jeune femme en toilette de bal (1879)

© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

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