[Lettre 17 : la beauté de nos corps est faite pour la gloire du ciel

À quoi servent nos vêtements ? 

Eux qui sont à la fois beaux et utiles. Faits pour être pratiques et pour l'ornement. 

Si le corps est un langage, nos vêtements parlent. 

Que disent-ils de notre corps ? Que disent-ils de nous ? Que disons-nous aux autres par nos vêtements ?

Pour répondre à ces questions, voici ce que nous savons déjà. 

Un vêtement s'adapte aux circonstances : on s'habille selon la saison, le temps qu'il fait, l'activité que l'on doit pratiquer dans la journée, la région où l'on habite… On s'habille différemment pour une fête ou pour le travail. On porte des tenues de sport, des vêtements de deuil, des vêtements de plage, des vêtements de nuit… 

Notre vêtement s'adapte à notre corps, aux phases de la vie. Il y a les vêtements qui sont devenus trop petits, ceux dans lesquels on flotte après avoir beaucoup maigri, ceux dans lesquels on ne rentre plus. Il y a ceux que l'on ne peut plus porter pendant la grossesse, il y a ceux qui sont indispensables pendant l'allaitement. Il y a ceux qu'on ne portera plus au-delà d'un certain âge. 

Que je le veuille ou non, mon vêtement dit aux autres qui je suis : il y a des modes générationnelles, régionales, nationales, il y a des styles de toutes sortes. Il y a les femmes qui suivent des règles et celles qui n'en suivent aucune. Il y a celles qui se soucient de leur tenue, celles qui soignent leur toilette dans les moindres détails, et celles qui s'en fichent éperdument. Il y a les vêtements à message (avec ou sans écritures dessus), et les vêtements pour se fondre dans la masse, ne surtout pas accrocher le regard. Il y a les vêtements qui veulent déranger, d'autres qui cherchent à plaire. 

Un vêtement n'est jamais neutre. Il révèle le regard que nous portons sur nous-mêmes

Qu'est-ce qui préside au choix de mes vêtements ? Dans mon esprit, à quoi vont-il servir en premier ? À protéger mon corps du froid, des blessures ? Du regard des autres ? À l'orner ? À me distinguer ? À me dissimuler ? À révéler qui je suis ? 

Nous voyons bien que c'est une question qui nous préoccupe, nous qui sommes des femmes, d'une manière particulière. Nous en avons d'ailleurs le soin pour d'autres que nous si nous sommes mères : les vêtements de nos enfants (à laver, à sécher, à repasser, à trier, à réparer, à remplacer) sont l'une de nos grandes préoccupations. 

"Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux.

Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?”

Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.

Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît." (Mt 6, 26)

Considérons que le vêtement concerne Dieu (et non nous-mêmes vues à travers le regard des autres) au premier abord : comment nous vêtirons-nous ? 

Nous prendrons en compte une chose essentielle, et qui est que notre corps n'est pas une enveloppe matérielle dans laquelle notre âme se trouve enfermée. Il n'y a pas : mon corps comme une boîte, et à l'intérieur mon âme. Mon âme enfermée, retenue, blottie dans mon corps, sans contact avec le monde extérieur. 

Il nous faudrait nous rappeler que ce n'est pas mon corps qui contient mon âme, mais que les deux, âme et corps, forment ensemble le même tissu. Ce qui touche l'un touche l'autre, les mouvements de l'un affectent l'autre. Ce sont les fils d'un même tissage. 

Et si nous remplacions la représentation courante de l'âme prisonnière, retenue à l'intérieur du corps, par une autre image ? Si nous considérions que l'âme affleure à la surface. Ou même, qu'elle enveloppe le corps, qu'elle le recouvre tout entier, qu'elle le nimbe et l'habille ? Mon âme à la fois dedans et dehors. 

Dans cette perspective, considérons que mon âme, qui est certes ce que j'ai de plus intérieur, recouvre la surface de mon corps. Comme un vêtement. Mon âme habille de sa grâce chacun de mes mouvements. Elle bouge au rythme de mon pas. Elle souffre la première de ce qui affecte mon corps parce qu'il en est revêtu

Mon âme comme un vêtement : après tout pourquoi pas ? Certains vêtements le disent plus que d'autres. 

Prenons un exemple : hasardons-nous à faire une petite philosophie du jean slim. Que nous dit-il ? Outre qu'il nous met souvent en guerre contre notre corps ou celui des autres, parce qu'il flatte – reconnaissons-le humblement – surtout un seul type de silhouette, quel langage porte-t-il ? Si moulant, il dessine nettement les contours de mon corps. Il peut avoir tendance à dire : voici les contours de moi, tout est là, il n'y a rien d'autre à chercher. La personne réduite aux lignes de son corps ; si on pousse la logique jusqu'au bout, c'est un langage matérialiste. 

Mais le vêtement qui habille le corps d'un ballet de matières en mouvement porte un autre discours. Cette gratuité, cet excès d'étoffe sans autre utilité que l'ornement rappellent qu'il y a plus dans le corps d'une femme que ce qui se voit. Le simple mouvement d'un tissu qui bouge au mouvement de la marche, les pans d'un manteau qui s'ouvrent, le bout d'une écharpe qui s'envole, parlent d'un absolu, du mystère de la personne. Ce qui voile rend visible l'invisible. Et matérialise l'existence autour de moi de celle que l'on ne voit pas : l'âme. 

Le vêtement qui ajoute son propre jeu aux mouvements de mon corps, celui qui danse en même temps que je bouge, celui-là parle mieux que d'autres de celle que je suis

Claude Monet, Femme à l'ombrelle, tournée vers la gauche (1886)

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