[Lettre 11. Faits l'un pour l'autre]
C'est un lieu commun : la différence des sexes se vérifie souvent (même si pas toujours, c'est vrai) quand il faut porter des choses lourdes.
En général (même si pas toujours, c'est vrai), les hommes sont plus forts (physiquement s'entend) que les femmes.
Certaines options scientifiques se proposent de l'expliquer ainsi : cela tient au désavantage qui a existé chez nos premiers parents, lorsqu'il fallait courir après le gibier en fuite.
Les femmes, entravées par le poids d'une grossesse, ou ralenties par celui des petits enfants dont elles avaient la charge, arrivaient les dernières au festin. Elles n'ont donc pas pu développer la musculature dont les hommes se font une fierté. Cet antique désavantage aurait encore cours aujourd'hui.
Que penser d'une telle option (outre que c'est considérer qu'il n'y avait pas un gentleman parmi les Cromagnons pour laisser sa part à sa femme en train d'allaiter) ?
Ne pourrions-nous pas chercher d'autres raisons ?
Des raisons spirituelles, mais enracinées dans le corps.
Pour ce faire, partons délibérément de l'observation habituelle selon laquelle les hommes sont forts. Si c'est vrai au moins en moyenne, il doit bien y avoir une raison.
Première question à ce stade : pourquoi les hommes sont-ils forts ?
Réponse très logique : hé bien, mais tout simplement parce que les femmes sont faibles.
Soit.
Et alors, qu'est-ce qui fait que les femmes sont faibles ?
Les femmes sont faibles, non à cause d'elles-mêmes, mais en vertu d'un autre qu'elles-mêmes.
Qu'est-ce à dire ?
Souvenons-nous : le corps féminin est un corps qui peut se mettre à disposition d'un autre, d'un être humain déjà là mais pas encore venu au monde.
Cette disposition première du corps féminin le rend vulnérable. Toute la grossesse est l'illustration d'une telle affirmation. Dans la grossesse, mon corps se gêne pour un autre, il ne fonctionne plus seulement pour moi : nous sommes deux en moi et il y en a un de trop.
Même sans être enceinte d'ailleurs, chaque femme connaît les fluctuations du cycle menstruel, qui entraîne dans ses hauts et ses bas le corps et la psyché tout ensemble.
Littéralement, les femmes se font faibles à cause d'un autre qu'elle-même, qui a besoin d'elles. Elles se rendent faibles parce qu'un autre est encore plus faible qu'elles. C'est ce que manifeste leur corps.
Cette double faiblesse oblige.
Rien d'autre ne devrait pouvoir expliquer la force des hommes. Il faut qu'ils soient forts à cause de celle qui se fait vulnérable pour un autre, et en vertu de celui qui est entièrement dépendant.
Les hommes sont forts parce que l'humanité est faible et vulnérable. Et de manière exemplaire à son commencement.
Rapahël, La Sainte famille à l'agneau (1507)
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