[Lettre 5. Les femmes sont belles en vertu de la beauté de Dieu]
Je suis belle. Voilà ce que chacune d'entre nous peut se dire.
Je suis belle, autrement dit : je suis responsable de la beauté dont Dieu m'a faite la gardienne. Ma beauté n'est pas pour moi. Ma beauté est donnée pour les autres. Elle ne m'appartient pas, pas plus que mon corps ne m'appartient. C'est une part de la beauté de Dieu que je tiens en moi, et que Dieu veut donner, à travers moi, au monde.
Dans le dessein de Dieu, qui m'a faite à son image, je suis belle non d'une beauté qui vise à séduire pour soumettre, ou pour attiser la jalousie, mais d'une beauté appelée à rayonner parce qu'à travers elle, Dieu parle.
Ma beauté n'a peut-être rien à voir avec les canons modernes. Elle n'a peut-être rien de fascinant, ni d'envoûtant. Elle n'a peut-être rien de facile. Elle est sans doute (et paradoxalement dans ma compréhension) d'autant plus belle qu'elle est involontaire.
Non, ma beauté n'a pas besoin d'agir pour se manifester. Il lui suffit d'être là. Elle se manifeste lorsque je suis en paix avec moi-même. Lorsque s'exprime quelque chose d'un accord entre mon âme, mon esprit et mon corps.
Il y a des visages qui manifestent la douceur, d'autres dans lesquels on lit la force de décision, d'autres où se révèlent la gaieté et l'enjouement. Certaines beautés sont émouvantes, d'autres apaisantes, d'autres impressionnantes. Chaque visage, chaque corps tient son propre discours.
La beauté est puissante. Sans convoquer la raison ni la logique, elle peut bouleverser une âme, provoquer une conversion. Elle n'a pas besoin de parler pour convaincre.
Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?
Baudelaire, "À une passante" (Les Fleurs du Mal, 1857)
La beauté apaise une âme inquiète. Elle console une âme désespérée. Elle dit : cela ne durera pas ; tout est bien, tout ira bien.
La beauté nourrit une âme lasse. Elle rassure une âme apeurée. Elle encourage une âme abattue.
La beauté élève le regard, elle réjouit le cœur. En elle, l'âme humaine trouve le repos et la joie.
Tout cela, nous pouvons l'apporter au monde par notre seule présence. Mieux : nous avons soif de l'apporter au monde.
Ne nous trompons pas lorsque nous nous voyons faire tant d'efforts (qui nous paraissent parfois à nous-mêmes ridicules, si ridicules que nous ne les entreprenons pas) pour être belles. Vouloir être appréciée pour notre beauté n'est pas une vaine aspiration, c'est le reflet de ce à quoi Dieu aspire aussi : la beauté invite, elle attire. Elle veut qu'on la suive.
Pourquoi ? Parce qu'elle introduit à l'éternité. Parce qu'auprès d'elle, on a envie de demeurer.
"A thing of beauty is a joy forever."
(John Keats, extrait du poème Endymion, 1818)
Avons-nous conscience que notre propre beauté est un cadeau pour les autres ? Nous sommes-nous jamais demandé quelle parole nous portons au monde ?
A qui ferons-nous aujourd'hui le cadeau de notre beauté ?
Maurice Quentin de La Tour, Portrait de la marquise de Sesmaisons, née Marie-Louise Gabrielle de La Fontaine Solare de La Boissière (1722-?), 1738)