Chères mamans, 

La maternité ne nous ôte rien. Elle nous offre au contraire un surcroît, la possibilité d'un déploiement de nous-mêmes. Et ce n'est pas rien de le dire, à l'époque du "No kids", de l'inquiétude climatique, où l'on a peur de la mère comme d'une esclave sacrifiée, où on la fuit comme le témoin douloureux d'une vie gâchée.

Il suffit pourtant d'ouvrir la Bible pour y lire que la maternité est une bénédiction, de relire nos journées pour le constater, et nous rappeler que ces discours sont faux. 

Qu'avons-nous gagné à devenir mères ? Nous avons gagné notre liberté. Une souveraine, royale liberté. Celle qui nous permet de tenir à distance respectable – de remettre à sa place – à peu près tout ce qui pouvait nous barrer la route avant : les questions existentielles (celles du sens à donner à notre vie, et partant à nos journées) ; la peur du qu'en dira-t-on et son versant traître, le désir de plaire ; le perfectionnisme ; même les inquiétudes professionnelles sont remises à leur juste place.

À partir du moment où quelqu'un de plus faible dépend de moi, ma vie prend un sens différent et les choses s'y mettent en ordre. Loin d'être un fauteur de désordre (le si mignon troublemaker des réseaux sociaux), mon enfant m'offre un double luxe pour la vie : il y apporte du sens et de la liberté. 

Rendons grâce pour nos enfants, par qui nous devenons plus libres, plus nous-mêmes !

Filip Andreevitch Maliavine, Réunion paysanne (1926)

NB. Pour celles qui ne se seraient pas encore inscrites au MOOC des Bernardins sur la joie, dont on vous parlait dimanche dernier (cf. Lettre 43), c'est encore possible ! Vous y entendrez par exemple ce genre de pépites, qui semble nous parler directement de la maternité (de la naissance comme événement) :  

"On parle en effet d’événement en philosophie quand ce qui arrive excède l’horizon de notre attente. Quand la chose qui advient est donnée avant d’être pensée ou, ce qui revient au même : quand elle est réelle avant d’être possible. L’événement ne prévient ni ne se prévoit, de sorte que ce n’est pas ce qui vient avant lui qui l’expliquera, mais lui qui éclaire désormais, d’une lumière nouvelle, tout ce qui l’a précédé." (Martin Steffens)

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