"La pluie et la neige qui descendent des cieux

n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre,

sans l'avoir fécondée et fait germer,

donnant la semence au semeur

et le pain à celui qui doit manger ; 

ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,

ne me reviendra pas sans résultat,

sans avoir fait ce qui me plaît,

sans avoir accompli sa mission."

(Is 55, 10-11) 

Sans qu'on s'en aperçoive, ce morceau de poésie tiré du livre d'Isaïe établit de manière très sûre le lien entre l'Incarnation du Verbe et le champ de blé du voisin.

C'est Dieu qui parle. Il nous dit que la logique de ce qui croît, de ce qui pousse et grandit, de ce qui est d'abord semé et puis qui se développe et mûrit, est la même que celle qui préside à l'arrivée de son Fils sur la terre. 

Par l'auteur du livre prophétique, Dieu dit : Regardez comment poussent les plantes dans la terre, abreuvées par les eaux du ciel. Voyez la pluie et la neige, elles font germer les graines qu'on a semées dans la terre, et procurent du pain à celui qui a faim. "Ainsi ma parole ne me reviendra pas sans résultat." C'est de la même manière, dans un acte identique, que ma parole agira : elle fera ma volonté, elle accomplira la mission établie par moi. 

Nous, chrétiens, lisons ce texte en y voyant l'annonce de la venue du Messie. C'est lui la semence envoyée du ciel devenue pain pour les hommes. 

Entre les deux images employées dans le texte – l'image du champ de blé arrosé par la pluie et l'image du Verbe divin ("ma parole") – , il ne s'agit pas d'une simple analogie, d'un simple point de comparaison entre deux réalités extérieures l'une à l'autre. Il ne s'agit pas d'une sorte de "De même que… de même" qui rapprocherait sans nécessité deux objets, l'un simple, l'autre complexe, pour mieux faire passer le deuxième. Il ne s'agit pas simplement d'un outil pédagogique employé par l'auteur pour nous aider à comprendre.

Ces deux versets nous disent au contraire : moi le Seigneur qui ai fait les cieux, je fais aussi pleuvoir et pousser les plantes, et je fais venir mon Fils parmi vous. Je suis celui par qui l'épi de blé mûrit et la Vierge tombe enceinte. 

Écoutons Benoît XVI sur le sujet. "[…] s'il est dit que la semence porte du fruit, cela signifie qu'elle ne tombe pas comme un ballon, qui rebondit, mais qu'elle s'enfonce réellement dans la terre, qu'elle assume en elle les forces de la terre, se les assimile, et qu'elle opère ainsi ce qui est vraiment nouveau, du fait qu'elle porte la terre en elle-même et lui fait produire du fruit."1 

Là nous est expliquée la logique de la croissance, la logique de la vie. La semence et la terre se mélangent l'une l'autre pour former quelque chose de totalement nouveau. 

Les mots sont forts : la semence, elle-même plongée dans la terre, assume en elle les forces de la terre, elle porte la terre en elle-même. Quand il s'agit du grain de blé, nous comprenons l'image. Quand il s'agit du Christ, il nous faut comprendre que la terre fertile où Dieu lui-même a pris racine, c'est Marie

Si ce que nous avons dit plus haut est vrai, s'il ne s'agit pas d'une simple ressemblance entre le champ de blé et la venue du Seigneur sur terre, mais que les deux choses procèdent du même acte divin ; si la semence c'est le Christ, alors Marie est vraiment la terre dans laquelle Dieu a grandi. Mère de Dieu, Marie est aussi "la sainte terre de l'Église", selon l'expression des Pères de l'Église. 

"La maternité de Marie signifie qu'elle apporte la substance d'elle-même, corps et âme, dans la semence, pour qu'une nouvelle vie puisse croître"2. Marie fait comme toutes les mères du monde : elle porte son enfant dans son ventre et ce faisant, elle donne son propre corps à manger à un autre petit être. Et comme cet enfant, c'est Dieu, le Verbe de Dieu, pour Marie, l'événement de la grossesse correspond à une attitude spirituelle : celle de se remettre entièrement entre les mains de Dieu, de se donner corps et âme. "Marie se met tout entière comme terre à la disposition de Dieu ; elle se laisse employer et consommer pour être transformée en celui qui a besoin de nous pour pouvoir devenir fruit de la terre."3 

La même logique qui préside à la croissance des plantes préside à la venue des enfants au monde et à celle de Dieu sur terre. Le mystère de Marie nous révèle une chose : nous les femmes sommes dépositaires de ce savoir, il est inscrit dans notre corps. 

1 Cardinal Joseph Ratzinger, Hans Urs von Balthazar, Marie Première Église, "Comme l'eau du ciel" (Médiaspaul, 1998), p. 10. 

2 Ibid. p. 11. 

3 Ibid. p. 12. 

Vincent Van Gogh, Champ de blé avec cyprès  (1889)
Domaine public

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