Le corps humain n'est pas un objet neutre. Matériel, il n'est pourtant pas une matière inerte, modelable, transformable. 

Matière et esprit, il n'est pas un simple support, une interface concrète qui permettrait à nos esprits, immatériels et retranchés derrière lui, d'entrer en contact avec le monde. 

Le corps humain, qui nous fait entrer dans le monde, par qui nous faisons notre entrée dans le monde, fait partie du monde. Vivant, il est lui-même une partie du monde

Le corps humain est soumis aux mêmes lois que celles qui régissent le monde physique. Il est soumis au temps et à l'espace : il est situé hic et nunc, ici et maintenant. Il est soumis aux lois qui régissent les corps physiques : comme toute matière, il prend l'empreinte de la chaleur, il subit les assauts du froid, il se dégrade avec le temps qui passe… 

Notre corps évolue dans un monde régit par des lois. De la même manière que nous ne voyons pas l'attraction terrestre, mais y sommes soumis, nous ne voyons pas avec nos yeux la logique qui préside au développement de la vie humaine, mais nous y sommes soumis. 

Qui se rebelle contre la loi de l'attraction universelle ? Qui s'en indigne, qui la méprise ? Les corps tombent, c'est comme cela, tout simplement. Cela n'a empêché personne de rêver à voler. Cela n'a pas empêché les poètes de faire voler Icare, Pégase ou la fée Clochette. Cela n'a pas empêché les scientifiques d'aller explorer ce qu'il y a au-dessus des nuages, et d'habiter là-haut des espaces sans pesanteur. La loi universelle de la gravitation ne nous empêche pas de monter en montgolfière, de prendre l'avion – ni même de danser sur une corde au-dessus du vide. 

Ces lois, auxquels nous sommes soumis et que nous n'avons pas choisies, nous ne les voyons habituellement pas comme des contraintes, mais comme un déroulement : à un moment donné, la pomme tombera de l'arbre. Rien à faire, c'est comme cela que ça se passe. 

Et pour que l'arbre pousse, il faut d'abord qu'une graine ait été plantée dans la terre, qu'elle ait germé sous terre, qu'une pousse se soit développée, qu'un tronc armé de branches se soit élevé vers le ciel. Ces étapes, nul ne peut les inverser, ni en faire sauter aucune. Trouvons-nous cela contraignant ? Peut-être un peu : le monde des choses vivantes est un monde qui requiert de la patience. Ce monde-là prend son temps. Nous n'avons pas choisi comment poussent les plantes qui nous nourrissent. C'est ainsi : nous nous y sommes faits. 

Ou plutôt, nous sommes faits pareil. Nous appartenons nous-mêmes à cet ordre de choses. Puisque le corps humain est une partie du monde, une parcelle de l'univers, alors soumis aux lois du monde, il porte en lui la marque de ces lois. Non seulement il leur obéit, mais il les contient : elles sont écrites en lui.

Le corps humain nous dit comment fonctionne le monde. Si, le contemplant, on se met à son écoute, le corps humain parle. Et que nous dit-il ? Il nous parle de la logique créatrice de Dieu. Il nous parle des lois invisibles qui régissent l'univers des choses visibles. 

À cet égard, le corps féminin nous révèle quelque chose de particulier. 

En tant que corps humain, le corps féminin porte la marque de la manière dont il a été créé. Mais c'est là précisément qu'il possède sa particularité, son admirable et terrible privilège. Le corps féminin fait partie du monde et il fait venir au monde. Vivant, il est même deux fois vivant : il peut contenir en lui un autre corps vivant. Il peut mettre au monde. Il peut donner la vie. 

Le corps féminin nous parle le langage de ce qui croît, non de ce qui est fabriqué. Il est du côté de ce qui pousse et grandit, de ce qui vit et se développe.

Les femmes portent dans leur corps la marque de la croissance. 

Si on se met à son écoute, le corps féminin nous renseigne sur la vie elle-même, comme on la donne, comme on la reçoit, comme elle est forte et fragile, chair et os. 

Gustav Klimt, Jardin de campagne (1905-1907)

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