"Comme le champ semé", tiré des Regrets, de Joachim du Bellay (1558)
En 1553, à l'âge de 31 ans, Joachim du Bellay accompagne à Rome le cardinal Jean du Bellay, cousin germain de son père, en tant que son secrétaire.
D'abord enthousiaste à l'idée de découvrir la Ville éternelle, le jeune lettré finit par s'ennuyer des tâches d'intendance qui lui sont confiées. Cet éloignement de la France, son pays natal, nous est surtout connu par "Heureux qui comme Ulysse", mais nous a offert de nombreux autres sonnets, tous en alexandrins.
En voici un, tiré des Regrets, où l'on retrouve l'un des thèmes chers à l'auteur : la grandeur et la décadence de Rome.
Comme le champ semé en verdure foisonne,
De verdure se hausse en tuyau verdissant,
Du tuyau se hérisse en épi florissant,
D'épi jaunit en grain, que le chaud assaisonne ;
Et comme en la saison le rustique moissonne
Les ondoyants cheveux du sillon blondissant,
Les met d'ordre en javelle, et du blé jaunissant
Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne ;
Ainsi de peu à peu crût l'empire romain,
Tant qu'il fut dépouillé par la barbare main,
Qui ne laissa de lui que ces marques antiques
Que chacun va pillant : connue on voit le glaneur
Cheminant pas à pas recueillir les reliques
De ce qui va tombant après le moissonneur.
Du Bellay, Les Regrets (1558)
Du Bellay est fondateur avec Ronsard du groupe des poètes de la Pléiade. Il se donne pour ambition de forger une poésie en langue française qui égale celle des auteurs antiques, latins et grecs. Alors ici, qu'est-ce qui porte la marque de ce projet ?
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