Chères mamans, 

Réjouissons-nous d'avoir la charge d'une maisonnée.

Réjouissons-nous d'habiter les lieux qui abritent notre mari et nos enfants.

Habiter notre maison (qu'elle soit immense ou minuscule), cela signifie en avoir la charge et le soin. Cette charge nous apparaît parfois comme une malédiction, à cause des tâches interminables qui nous incombent. 

Et pourtant. Réjouissons-nous d'être la maîtresse de maison, car avons par là quelque chose d'important à dire à ceux qui habitent chez nous. – Et disons tout de suite que ce quelque chose dépasse de loin la question purement matérielle du "partage des tâches", que chaque couple peut bien résoudre à sa propre manière. Le rôle d'une maîtresse de maison ne s'accomplit pas dans, ni ne se réduit aux tâches ménagères. Soutenir cela est faux et caricatural. Notre rôle comme maîtresse de maison dépasse largement ce plan simplement matériel. 

Que nous nous adonnions ou non aux tâches ménagères, que nous ayons ou non recours à une femme de ménage, ou encore que nous ayons établi avec notre mari une répartition très équitable des tâches, en habitant notre maison, nous transmettons d'abord à nos enfants un enseignement d'ordre spirituel. Loin d'être servantes, nous sommes éducatrices et enseignantes

Puisqu'ils habitent notre maison, à nos enfants nous apprenons à respecter le calme, l'ordre, la propreté. Parce qu'ils vivent sous notre toit, nous leur apprenons à prendre soin des choses : à ramasser ce qui est tombé, à replier ce qui est chiffonné, à nettoyer ce qui a été sali… Nous leur rappelons de prendre soin d'eux aussi, en mangeant à leur faim à des heures précises, en se lavant, en s'habillant en fonction du temps et de la saison. 

Nous leur apprenons ainsi que prendre soin des objets, des choses dans la maison, c'est prendre soin des personnes. Parce que nous habitons notre foyer, nous leur apprenons spontanément à respecter notre travail – s'ils salissent sans vergogne le sol que nous venons de laver, c'est notre travail qu'ils défont. Bienheureuse indignation qui nous prend alors : "Essuie tes pieds avant d'entrer, ou ce sera à toi de passer la serpillière !" Ce faisant, nous leur apprenons à établir un lien entre le monde des choses et celui des personnes : oui, il y a quelqu'un qui a préparé ce repas, recousu ce pantalon, acheté cette nouvelle paire de chaussures, rangé cette chambre, pensé à remplacer cette brosse à dents. Toute chose est le résultat d'un effort, d'un acte d'amour. Il y a quelqu'un qui prend soin de moi. 

Pour apprendre aux enfants l'attitude spirituelle fondamentale de la gratitude, il est bon que parfois quelqu'un souffre du manque de soin que d'autres peuvent avoir des choses. 

Par notre présence, nous les obligeons. Nous sommes pour eux un standard d'exigence. Grâce à nous, ils apprennent la reconnaissance, le service, le soin, l'effort. Nos enfants apprennent à habiter le monde en habitant chez nous. 

Paul Mathey, Enfant et femme dans un intérieur (vers 1890)

© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski