"Hélène", de René Guy Cadou (1944)
On connaît peu René Guy Cadou. Peut-être certaines se rappellent-elles l'avoir appris à l'école ("Odeur des pluies de mon enfance / Derniers soleils de la saison !") ?
Ce jeune poète breton, mort à l'âge de 31 ans en 1951, nous a pourtant laissé l'une des œuvres poétiques les plus importantes de la seconde moitié du XXe siècle.
Lyrique à une époque où la poésie a eu tant de mal à l'être, ses poèmes nous entraînent toujours dans le lieu profond où l'on sent l'âme vivre et trembler.
Fils d'instituteur et lui-même instituteur, il rencontre en 1943 une jeune poétesse, Hélène Laurent, qui deviendra sa femme. C'est à elle qu'il dédie ce poème écrit un an après leur première rencontre.
Hélène
Je t'atteindrai Hélène
À travers les prairies
À travers les matins de gel et de lumière
Sous la peau des vergers
Dans la cage de pierre
Où ton épaule fait son nid
Tu es de tous les jours
L'inquiète la dormante
Sur mes yeux
Tes deux mains sont des barques errantes
À ce front transparent
On reconnaît l'été
Et lorsqu'il me suffit de savoir ton passé
Les herbes les gibiers les fleuves me répondent
Sans t'avoir jamais vue
Je t'appelais déjà
Chaque feuille en tombant
Me rappelait ton pas
La vague qui s'ouvrait
Recréait ton visage
Tu étais l'auberge
Aux portes des villages
La Vie Rêvée (éd. Robert Laffont, 1944)
Comment pourrons-nous commenter un si beau poème ? 💔
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