Avec notre regard de femmes, il y a des vêtements, des bijoux, des objets pour notre maison que nous remarquons, et que nous préférons à un moment donné, parce qu'ils sont "stylés".
Ce pantalon-ci, cette robe dans cette matière et ce motif-là, telle manière d'attacher ses cheveux, telle couleur pour repeindre les meubles de la cuisine… Chaque époque a ses modes, et que nous y soyons plus ou moins sensible, la mode nous est aujourd'hui bien souvent désignée par le terme de stylé.
Le qualificatif "stylé", qu'il nous échappe ou non – que celle qui ne l'a jamais dit lève la main – peut même s'appliquer à des manières de vivre, des habitudes de langage, à une personne tout entière : il y a des femmes que nous admirons parce qu'elles sont "stylées" (ou du moins, tout le monde s'accorde-t-il à dire qu'elles le sont). Et ainsi le pensons-nous aussi avec un soupir : tellement stylée.
Dire que quelque chose ou quelqu'un est "stylé", c'est marquer notre approbation pour, c'est reconnaître que nous accordons de la valeur à tel objet, telle personne.
Puisqu'elle a l'air si importante, mettons donc cette notion à l'épreuve : voyons ce qu'il y a dedans.
Si nous y regardons de plus près, stylé ne signifie par forcément "beau". Bien plus souvent, stylé signifie étonnant, original, non conventionnel – parfois même provocant.
Est stylé ce qui accroche mon regard, ce qui retient mon attention – et si je suis totalement honnête avec moi-même, j'avouerai : est stylé ce que je me mets aussitôt à convoiter.
Le mot opère ce qu'il désigne : il rend désirable ce qui est nouveau.
Il désigne ce qu'au lieu simplement d'apprécier quand je le vois (chez d'autres), je me mets à désirer. Dans l'appréciation que moi ou d'autres en faisons ("tellement stylé !"), ce n'est pas un simple jugement de valeur qui s'exprime, c'est aussi mon propre désir de possession, ma propre convoitise.
Quelque part donc, le stylé me rend envieuse, et il me rend triste.
Il y a des objets dont la possession par d'autres nous gêne, parce que nous ne les possédons pas. Il y a des femmes dont la beauté nous fait de l'ombre, parce qu'elle nous fait sombrer dans la comparaison.
Mais il y en a d'autres dont la beauté nous fait relever la tête, nous réjouit et nous encourage à chercher la nôtre propre.
Nous sommes à la recherche de cette beauté-là : celle qui appartient en propre à chacune, celle qui rayonne pour les autres, celle qui ne prend rien aux autres parce qu'elle se reçoit telle qu'elle est. Celle qui ne rend pas envieux, mais qui encourage à chercher sa propre beauté.
Pour nous-mêmes, pour le soin et le parement de notre corps, pour l'arrangement et la décoration de notre maison, qui est sacrée puisqu'elle est notre demeure sur terre qui nous prépare à la vie du ciel, préférons à ce qui est stylé ce qui a du style.
Le style épouse nos particularités, il nous empêche de tomber dans l'uniformité consumériste. Sans chercher l'excentricité, il marque un juste regard sur soi. La manière dont nous nous parons dit aux autres le soin et la connaissance que nous avons de nous-mêmes.
Pareillement, le style d'une maison reflète un mode de vie : la manière que j'ai d'arranger et d'habiter ma maison (ma chambre, mon studio, mon appartement) manifeste la hiérarchie qui existe pour moi entre les choses. Elle peut révéler que Dieu est premier servi, et que j'accorde à l'être humain qui habite ou visite ces lieux une valeur inestimable.
Dans cet accord entre moi et l'objet que manifeste le style, se révèle une attitude de foi.
Gustav Klimt, Portrait de Marie Breunig (1894)
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