Chères mamans, 

Notre vie nous semble parfois enfermée entre les quatre murs de ce qui revient toujours : les repas (et donc le menu qu'il faut établir, les courses à anticiper, les plats à cuisiner, la vaisselle à faire, et jusqu'aux changes du bébé qui arrivent comme la conséquence logique des repas), les lessives (et donc le linge à trier, à étendre, à repasser, à plier, à ranger), les siestes du tout-petit (et donc le lit à préparer, les volets à fermer, la chambre à aérer plusieurs fois par jour), ou les devoirs du plus grand (et donc les encouragements à fournir, le temps à y consacrer, le matériel à vérifier)… 

Aujourd'hui voici un extrait qui nous parle de cette chose que nous ne connaissons que trop bien : le retour du même, le temps cyclique.

Il s'agit d'un extrait d'Orthodoxie, ouvrage apologétique du philosophe anglais, apologète, auteur et critique d'art G. K. Chesterton. 

Ce passage nous parlera en même de Dieu, de sa création, et de nos enfants. 

Puisse-t-il nous ouvrir les yeux sur tout un pan de notre existence que nous ne regardons pas toujours avec les yeux de la foi, et nous encourager à bénir le Seigneur parce qu'il nous donne aujourd'hui ce qu'il nous faut, comme il l'a fait hier et comme il le fera demain.

Tout le matérialisme impérieux qui domine l'esprit moderne repose, en dernière analyse, sur une hypothèse, une fausse hypothèse. On suppose que si une chose se répète sans arrêt, c'est probablement parce qu'elle est morte, comme un mécanisme d'horlogerie. Les gens ont l'impression que si l'univers avait une personnalité, il varierait ; que si le soleil était vivant, il danserait. C'est un sophisme, même si l'on se rapporte au fait connu. Car les affaires humaines connaissent une variation, celle-ci leur arrive en général non par la vie, mais par la mort, par le dépérissement ou la rupture de leur force ou de leur désir. […] Le soleil se lève chaque matin. Je ne me lève pas chaque matin : cette variation est due non à mon activité, mais à mon inaction. Autrement dit, en langage courant, il se pourrait que le soleil se lève régulièrement chaque matin parce qu'il n'est jamais las de se lever. Sa routine tiendrait non à un manque de vigueur, mais à une impulsion vitale. Ce que je veux dire, on peut l'observer par exemple chez les enfants lorsqu'ils découvrent un jeu ou une plaisanterie qui les amuse particulièrement. Un enfant balance ses jambes en battant la mesure par excès et non par absence de vie. C'est parce que les enfants débordent de vitalité, parce qu'ils ont l'esprit libre et plein de fougue, qu'ils veulent que les choses se répètent et ne changent pas. Ils disent sans cesse "Fais-le encore une fois", et l'adulte le refait une fois encore jusqu'à ce qu'il soit mort de fatigue. Car les adultes ne sont pas assez forts pour exulter dans la monotonie. Mais peut-être que Dieu est assez fort pour exulter dans la monotonie. Il est possible que Dieu dise chaque matin "Fais-le encore" au soleil, et chaque soir "Fais-le encore" à la lune. Il se peut que ce ne soit pas une nécessité automatique qui fasse que toutes les pâquerettes se ressemblent ; il se peut que Dieu fasse chaque pâquerette séparément et qu'il ne soit jamais lassé de les faire. Il se peut qu'il ait l'éternel appétit de l'enfance ; car nous avons péché et nous avons vieilli, et notre Père est plus jeune que nous. Dans la nature, la répétition n'est peut-être pas une simple récurrence ; elle peut être un bis théâtral."

Gilbet Keith Chesterton, Orthodoxie (1908)

Désiré François Laugée, La Lessive (1882)

Source : http://www.peintres-et-sculpteurs.com