[Lettre 7. Notre beauté est un signe]

Comment expliquer que ce que Dieu offre comme une grâce devienne une occasion de chute

Comment expliquer que ce qui est notre signe distinctif – ce corps à la fois superbe et vulnérable, qui ouvre à la possibilité d'un autre que soi, ce corps qui, dans son existence même, est la plus belle réfutation de l'individualisme – comment expliquer qu'il soit si souvent vécu comme un obstacle entre nous et les autres ?

Comment se peut-il que d'autres, en le voyant, en viennent à oublier qu'il révèle une personne, et qu'il n'est pas un objet ?

Comment se fait-il que puisse sévir un si grand malentendu sur la signification de mon propre corps ? 

Il n'est pas besoin d'aller bien loin dans l'espace ni dans le temps pour constater que ce malentendu sait même prendre la forme d'une culture, qui soumet les femmes, les tient dans la dépendance des hommes, ou les élève comme le "sexe faible", parce qu'elles seraient des êtres moins parfaits et achevés que les hommes. 

Il nous faut reconnaître une chose : la domination masculine existe. Elle est un fait. 

Or la Bible en parle : pas seulement dans des récits puissants, comme celui de Suzanne au livre de Daniel. 

Elle en parle dès le début, dès la Genèse, pour en dire une chose – époustouflante pour un texte écrit dans l'Antiquité : c'est cela existe bel et bien, mais comme quelque chose qui n'a pas été voulu par le Dieu Créateur

La domination masculine, l'asservissement de la femme est une conséquence tragique de la Chute

"Dans la peine tu enfanteras des fils.

Ton désir te portera vers ton mari,

et lui dominera sur toi."

(Gn 3, 16) 

Le péché introduit un ordre contraire à celui qui a été voulu par Dieu. Si l'asservissement des femmes est une conséquence du péché, c'est qu'à l'origine, dans le dessein de Dieu, la femme tient une place particulière : elle est première dans l'ordre de la grâce. C'est elle au contraire qui était destinée à être le guide. 

Autrement dit, pourquoi cette domination est-elle tragique ? Parce que lorsqu'elle est dominée, la femme tombe de plus haut

Dans le régime de la grâce, les caractéristiques du corps féminin et leur signification sont une bénédiction : le corps d'une femme participe à l'avènement d'un autre dans le don et dans la relation, il est protection et service. 

Dans le régime du péché, ce corps est vu comme une honte ou une malédiction, qui voue les femmes à la dépendance à l'autre, et les empêche de s'accomplir pour elles-mêmes. 

La bonne nouvelle, c'est qu'on ne peut échapper à ce qui est une conséquence du péché que par un acte de rédemption

Le problème de l'égalité des sexes ne se résume pas à un combat politique, il ne se résout pas dans une lutte sociale, mais se vit dans la restauration de la relation personnelle au Dieu Sauveur

La seule véritable libération de la femme, c'est le Christ qui l'opère. Intégralement, entièrement. 

Fra Angelico, Noli me tangere (1438-1440)