[Lettre 6. Ma beauté est une parole pour les autres]
La beauté des femmes est un cadeau de Dieu. Elle est le reflet de la propre beauté de Dieu.
C'est pourquoi elle nous rend vulnérables.
Nous savons bien que ce cadeau divin de la beauté, qui est puissante, est aussi notre point faible. Une faille par laquelle le démon s'insinue pour s'en prendre à notre relation avec Dieu.
Parfois oublieuses du don premier que Dieu nous a fait, il arrive que nous nous laissions fasciner par notre propre beauté. Il nous arrive de nous abîmer dans la contemplation de notre propre reflet, en oubliant que ce qui appartient au domaine des choses visibles – le corps – n'existe pas en-dehors de l'ordre des choses invisibles. Mais bien plus, qu'il est ordonné à cet ordre spirituel des choses.
Lorsque nous nous servons du don de Dieu comme si c'était un outil mis à notre disposition, nous dévoyons le sens de la beauté. Et nous nous faisons du mal, puisque notre corps, c'est nous-mêmes.
Certes la beauté du corps féminin est un étrange cadeau. Elle intrigue, elle fascine. Elle ne nous permet pas d'être invisibles, de disparaître, de nous fondre dans la foule. Elle nous distingue. C'est pourquoi il nous arrive d'en avoir peur. Et combien parfois la ressentons-nous alors comme un fardeau.
Que dire aussi de cette beauté vécue comme une malédiction par tant de femmes ? Que dirons-nous de cette beauté qui peut aussi faire de nous des proies ?
Ne savons-nous pas que notre beauté nous désigne ? Qu'elle peut susciter l'envie et le désir de possession ?
Lorsque le peuple s’était retiré, vers midi, Suzanne entrait dans le jardin de son mari, et s’y promenait. Les deux anciens la voyaient chaque jour entrer et se promener, et ils se mirent à la désirer : ils pervertirent leur pensée, ils détournèrent leurs yeux pour ne plus regarder vers le ciel et ne plus se rappeler ses justes décrets. Tous deux brûlaient de convoitise, mais ne se l’avouaient pas l’un à l’autre, car ils avaient honte d’avouer leur désir de s’unir à elle. (Dn 13, 7-11)
Notre époque est horrifiée de ce constat. Ce corps que Dieu a fait pour qu'il dise quelque chose de sa gloire, ce corps qui est moi-même, ce corps, mon corps est vulnérable. Il peut être attaqué, violenté, violé.
Combien de personnes se conduisent en prédateurs du corps des autres, en niant ainsi que le corps n'est pas une enveloppe vide, un matériau à disposition, mais le signe d'une réalité spirituelle. Une réalité de don et de réciprocité.
Si mon corps est une parole, il est bien une parole de relation. Il dit qu'il n'est pas fait pour être seul. Mais la relation véritablement vécue ne peut se faire que dans le don, et dans la liberté.
Toute tentative d'accaparement est sacrilège.
Tout acte qui cherche à s'approprier le corps d'un autre est une profanation.
Le dictionnaire nous apprend qu'est sacré "ce qui appartient à un domaine séparé, privilégié par son contact avec la divinité."
Parce qu'il a été créé par Dieu, mon corps appartient à un domaine séparé. Mon corps est sacré. Tout corps est sacré.
Le corps des femmes, parce qu'il a été choisi par Dieu pour participer d'une manière très intime à son acte créateur dans la maternité, est sacré. Il doit inspirer la crainte et le respect.
Notre beauté féminine ne dit pas tout de nous, elle invite l'autre à s'approcher. Elle ne révèle pas d'emblée qui nous sommes. Elle annonce une plus grande richesse cachée, qui est celle de toute notre personne.
Puissions-nous toujours habiter notre corps comme une terre sacrée, afin que la beauté qui vient de Dieu se manifeste à travers nous. Et que sa puissance agisse.
Fra Filippo Lippi, Vierge à l'enfant (1465)