[Lettre 4. Mon corps comme vocation]

Nous avons grandi dans l'idée que la beauté est une conquête qui demande des efforts constants, une tension permanente vers un idéal toujours devant nous, qu'il nous faudrait atteindre au prix de rigueur et de discipline (et d'un tas de produits cosmétiques). Il faut souffrir pour être belle. Nous courons après quelque chose que l'on nous dit rare et que nous croyons ne pas posséder. 

En conséquence, nous pensons en général notre beauté au conditionnel. Et nous nous perdons dans la jalousie et la comparaison. 

Je serais belle si je n'avais pas les épaules carrées. Si mes cheveux avaient une couleur moins commune. Si mon nez n'était pas pointu. Si seulement je pouvais bronzer. Je ne me sens belle qu'à condition d'être bien habillée. Je serai belle quand j'aurai entamé un régime – quand j'aurai le temps de me faire belle, d'ailleurs !

A nos propres critères, s'ajoutent ceux de la mode. Il nous faudrait un corps souple, fin, gymnique, d'où toute forme de pesanteur soit absente. Un corps jamais fatigué, ou jamais ralenti par une grossesse, un corps qui ne montre pas trace de faiblesse, ni de vieillesse. 

Et nous désespérons car cet idéal, jamais nous ne l'atteignons. Evidemment. 

Or nous nous trompons.

Notre propre beauté est déjà là

Elle nous précède. 

Avant d'être utile, la nature créée par Dieu est un chef-d'œuvre de splendeur. Devant une montagne, on ne dit pas "à quoi sert-elle ?", ou "elle est trop haute" mais : que c'est beau. 

Avant d'être un outil utile, avant d'être mesurable, comparable à d'autres corps (ou à lui-même à d'autres âges), notre corps manifeste la beauté comme attribut essentiel de Dieu

Autrement dit, les femmes sont belles parce que Dieu lui-même est beau, qui les a créées. 

La beauté des femmes est l'empreinte laissée par l'action créatrice de Dieu sur chacune de nous. De même que toute la Création est un chef-d'œuvre de splendeur, de même la beauté des femmes est un reflet de la beauté de Dieu.  

La beauté des femmes n'est pas un horizon à atteindre, c'est un signe distinctif. La marque essentielle de notre condition féminine. Notre point commun à toutes. 

Les femmes sont belles.

Je suis belle. 

Point. 

A chacune il revient de découvrir quelle beauté Dieu lui a façonnée afin de la laisser rayonner de sa lumière propre

Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire au grand pin (vers 1887))