[Lettre 3. Nous sommes de petites maisons]

Le drame de notre condition, c'est que nous naissons dans un corps que nous n'avons pas choisi. Grand ou petit. Mince ou gros. Garçon ou fille. 

Des plus petits détails – la longueur de nos cils – aux traits les plus visibles – la couleur de notre peau – en passant par la différence fondamentale qui traverse l'humanité – notre sexe –, nous n'avons rien choisi. 

Nous recevons de Dieu un corps qu'il a fait pour nous. Ce corps, nous pouvons le nourrir, le soigner, le vêtir, le parer, le muscler, l'entraîner, mais nous ne pouvons pas en changer. Nous pouvons le travestir, le contraindre, le soumettre à la chirurgie, mais nous ne pouvons pas en sortir ni radicalement le transformer. 

Petite fille, je grandis dans un corps que je découvre au fur et à mesure, qu'il me plaise ou non. (Quelle est celle d'entre nous qui ne s'est jamais exclamée "quelle horreur" en se regardant dans le miroir ? Qui d'entre nous ne s'est jamais plainte de l'une ou l'autre des singularités de son corps ? Qui n'a jalousé l'une ou l'autre de ces singularités chez d'autres femmes ?) 

Fondamentalement, mon corps ne m'appartient pas, il me précède. Et pour commencer il intègre pour moi, sans que je choisisse a priori, la possibilité que je vive certains événements spécifiques, et qui sont communs à toutes les femmes : je suis soumise au cycle féminin, je peux tomber enceinte, je peux allaiter un bébé. 


"Mon corps m'appartient" : vraiment ? Non, en vérité Quelqu'un a choisi pour moi. Et ce Quelqu'un, redisons-le, c'est Dieu. Le bon Dieu. Mon corps appartient à Dieu

Mon corps me dessine une vocation unique, qui exclut d'emblée certaines expériences (réservées aux hommes, ou aux femmes qui portent du 36, à celles qui ont les cheveux roux, etc. – rayez la mention inutile), et qui en inclut d'autres. 

Ma manière d'être au monde, mon histoire personnelle, la façon singulière que j'ai d'entrer en contact avec le monde et les autres par mes cinq sens, tout cela a été choisi, façonné avec amour par le bon Dieu. Mon corps est une parole que Dieu m'adresse. Une parole de bénédiction. Il n'est pas l'obstacle qui me barre la route : il est le sentier que j'emprunte pour aller vers Dieu

En bénissant ce corps que Dieu me donne, je peux commencer à faire collaborer ma liberté avec la liberté divine. 

Annonciation du couvent San Marco de Florence, Fra Angelico (1438-1450)