[Lettre 2. Le corps féminin manifeste la possibilité d'un autre que soi.]
Le corps d'une femme est un corps habitable. Un corps dans lequel peut venir se loger un autre. Un corps dans lequel peut venir se lover un autre, plus petit, entièrement dépendant. Mon corps peut se faire la première maison d'un enfant.
Homme ou femme, nous avons tous en commun cette expérience d'avoir été portés dans le sein d'une femme. Notre première maison a été le ventre de notre mère.
Nous sommes de petites maisons. Que penser de cela ?
D'abord, que la maternité est le signe de la féminité. Toutes les femmes, même celles qui ne sont pas mères, ou qui jamais ne le seront, disent par leur corps cette capacité. Toutes le disent. Même celles dont le corps ne peut pas avoir d'enfants. Même celles qui ne voudront pas avoir d'enfants.
Féminité et maternité sont les deux faces d'une même médaille. La maternité n'est en ce sens pas une option, un choix qui m'appartient : elle est inscrite dans mon corps, elle me précède comme un signe de ce que Dieu a voulu pour l'humanité. Il n'a pas voulu que nous soyons jetés dans le monde, il nous a voulu accueillis dans le corps d'une femme. Dieu lui-même s'est assuré qu'aucun de nous ne commence sa vie dans la solitude, mais dans la plus étroite des relations de service et d'amour. En ce sens, mon corps de femme est le signe de la tendresse de Dieu pour l'humanité.
Qu'en dirons-nous aussi ? Nous ajouterons que l'histoire de l'architecture commence à la naissance d'un enfant. Lorsqu'il faut un toit pour abriter le nouveau-né, lorsque l'enfant quitte la maison première où il s'est développé pendant neuf mois, il lui faut un nid douillet qui prolonge cet acte tendre et généreux (et ce sacrifice ô combien exorbitant !) de la grossesse.
Nos maisons ne sont donc pas de simples réceptacles, une suite de pièces logiquement agencées, dont chacune a sa fonction, et remplies d'objets utiles. Nos maisons sont le prolongement de nos corps de femmes. Elles disent l'hospitalité première que Dieu a voulue pour l'humanité. Elles nous parlent aussi de la maison ultime que Dieu nous destine : elles nous préparent à vivre en Sa présence.
Raphaël, La Donna gravida (La femme enceinte) 1505-1506
Domaine public