Chères mamans,
La maternité est un terreau de contradictions. Parmi elles, il y a l'opposition, qui nous prend parfois à la gorge, entre le sentiment d'isolement et le besoin de solitude.
Devenir mère peut creuser la distance entre nous et les autres. Parce que nos amis ne vivent pas en même temps que nous ce que nous vivons, ou parce que leurs propres obligations professionnelles et familiales rendent moins faciles les retrouvailles, nous devons envisager différemment la manière dont nous vivons de nos amitiés. Nos familles ne sont pas forcément proches. Et nous-mêmes nous déplaçons moins facilement.
Enceintes, il y a la fatigue qui nous fait rester chez nous, nous coucher tôt, alors que nous voudrions tant pouvoir accepter (ou faire) telle ou telle invitation. Et une fois l'enfant né, nous voilà soulagées des peines de la grossesse, mais fatiguées, accaparées, centrées sur les besoins impérieux d'un tout-petit autour de qui il nous faut désormais organiser tout notre temps. Nos journées, de la grossesse aux premiers mois du bébé, se sont ainsi faites – sans que nous nous en rendions compte vraiment – de plus en plus solitaires.
Nous souffrons de l'isolement. C'est humain : nous avons besoin des autres pour vivre. Qu'il peut être difficile d'accepter d'adopter une nouvelle manière d'entrer en relation ! Nous n'avons pas le choix d'oser aborder plus rapidement des sujets qui nous touchent en profondeur – parce que nous disposons de moins de temps. Car à ce moment-là, chaque contact compte. Le bout de conversation avec la pédiatre, puis dans la foulée le pharmacien ; l'échange avec le fromager sur le marché ; les quelques mots échangés avec la voisine par-dessus la haire ; ceux que l'on a avec les parents ou les nounous à la sortie de l'école, de la crèche… Depuis que l'enfant est là, nous avons soif de relation.
Et en même temps… nous souffrons aussi d'une chose, et qui est de n'être jamais seule un instant.
Avec un nouveau-né, un bébé d'un an, ou un "toddler"1, comme disent les anglo-saxons, pas un instant à soi. Il faut pouvoir répondre à ses besoins au bon moment, et pour cela, même quand il ne nous occupe pas directement, il faut anticiper, préparer, profiter justement de ses moments de calme pour organiser la suite. Avec un enfant plus grand qui nous harcèle de questions sur la vie et comment elle fonctionne, avec un adolescent aux prises avec des émotions en montagnes russes, là encore il faut savoir proposer une activité qui plaise, être disponible, écouter. Jamais un instant de pause, jamais sa tête à soi. (Les vacances, on le sait bien, n'en sont pas, pour les mamans. ;)
Qu'on me laisse seule, par pitié !
Mais aussi, j'ai tellement besoin de voir des gens.
Suis-je folle ?
À qui vais-je oser avouer un tel paradoxe ?
À toutes celles qui se posent ou se sont posé cette question, vous savez quoi ? C'est normal. Ne craignons pas de vivre cette tension, qui n'est ni absurde ni contradictoire : oui, je peux souffrir de l'isolement tout en ayant besoin de solitude. Les deux peuvent cohabiter et doivent être pris en compte. Ça n'est pas bizarre : ça n'est tout simplement pas la même chose.
1 comprendre, un enfant qui n'est plus un bébé mais pas encore vraiment un "petit garçon" ou une "petite fille", parce qu'il ne parle pas encore
Albert Neuhuys, Madonne nordique (1844-1914)
rijksmuseum.nl